
Mardi, 14 octobre 2025-Alors que le franc congolais (CDF) se renforce face au dollar américain, les prix des biens et services sur les marchés intérieurs demeurent étonnamment stables. Un paradoxe que le chercheur Pico Mwepu Kanyanta-Bilonda, doctorant en Management Public, Finances et Stratégies, analyse comme le reflet d’une économie congolaise marquée par des rigidités structurelles, une dollarisation persistante et un déficit de confiance monétaire.
Depuis plusieurs semaines, les autorités économiques saluent la bonne tenue du franc congolais, soutenue par une politique monétaire plus disciplinée et une gestion rigoureuse des réserves en devises par la Banque centrale du Congo (BCC).
Cependant, sur le terrain, les consommateurs ne ressentent pas cette embellie. Les prix sur les marchés demeurent élevés, sans baisse notable malgré la valorisation du CDF face au dollar.
Pour Pico Mwepu Kanyanta-Bilonda, cette situation illustre « une dissociation persistante entre le taux de change et le niveau général des prix ». En d’autres termes, la théorie économique classique — selon laquelle l’appréciation de la monnaie nationale devrait entraîner une baisse du coût des importations et une réduction des prix — ne s’applique pas mécaniquement dans le contexte congolais.
Les causes d’une désynchronisation durable
Le chercheur identifie plusieurs facteurs expliquant cette déconnexion :
– L’inertie des prix : les commerçants tardent à ajuster leurs tarifs, préférant observer la stabilité du marché avant toute baisse.
– Les rigidités structurelles : le poids des coûts internes (transport, énergie, logistique) influence davantage les prix que le seul taux de change.
– La dollarisation de l’économie : la majorité des transactions, même locales, reste indexée sur le dollar, neutralisant l’effet d’un franc congolais fort.
– Les anticipations inflationnistes et la spéculation : les acteurs économiques, habitués à la volatilité du CDF, maintiennent des marges de sécurité pour se protéger d’un éventuel retournement.
Ces éléments traduisent une transmission incomplète de la politique monétaire vers l’économie réelle. « Il y a un problème de crédibilité du signal monétaire, surtout dans un environnement dominé par le marché informel », observe le doctorant.
Une dimension psychologique non négligeable
Selon Pico Mwepu Kanyanta-Bilonda, la perception même de la monnaie joue un rôle déterminant. Le franc congolais, longtemps instable et sujet à de fortes dépréciations, inspire encore une méfiance collective.
Cette mémoire économique freine l’ajustement des comportements.
« La monnaie n’est pas qu’un instrument économique, elle est aussi un symbole de confiance. Tant que le public doutera de sa stabilité, chaque appréciation du CDF sera perçue comme temporaire », explique-t-il.
Un défi pour la politique économique congolaise
Le contraste entre la solidité affichée du CDF et la résistance des prix pose un défi majeur à la politique économique nationale.
Les efforts de la BCC, bien que salués, ne suffisent pas à restaurer la confiance des acteurs économiques ni à corriger les effets pervers d’une économie largement informelle et dollarisée.
« L’économie congolaise reste caractérisée par des rigidités, des incertitudes et une inertie générale des prix », conclut le chercheur.
Pour lui, le véritable combat est celui de la crédibilité monétaire, sans laquelle les performances nominales du franc congolais resteront sans impact concret sur le quotidien des ménages.
ITK



