
Mercredi, 2 juillet 2025-Alors que le gouvernement congolais a ordonné depuis 2020 la fermeture de tous les ports illégaux pour assainir le secteur fluvial et maritime, plusieurs d’entre eux poursuivent pourtant leurs activités sans être inquiétés. C’est notamment le cas du port Congo Dhiao, à Muanda, dans la province du Kongo Central.
Cette situation met en lumière la prolifération anarchique des ports privés en République Démocratique du Congo, dont beaucoup échappent au contrôle de l’État. Une réalité alarmante qui mine l’économie nationale par la fraude douanière, le trafic illicite de marchandises et de personnes, ainsi que la contrebande.
Une mesure présidentielle restée lettre morte
En août et octobre 2020, le Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi, avait donné des instructions claires, à travers deux réunions du Conseil des ministres, pour fermer tous les ports privés non homologués. L’objectif : restaurer l’autorité de l’État dans ce secteur stratégique et permettre à l’ONATRA de retrouver son monopole sur la gestion portuaire nationale.
Mais quatre ans après, cette décision peine à être appliquée. À titre d’exemple, sur les 240 ports frappés de fermeture, seuls deux – Congo Dhiao et Mioc (port appartenant à la société Perenco) – sont concernés dans le Kongo Central, mais continuent de fonctionner normalement.
Le cas du port Congo Dhiao
Situé à Muanda, à environ 210 kilomètres de Matadi, le port Congo Dhiao, propriété d’une société chinoise éponyme, demeure opérationnel, en violation manifeste des décisions gouvernementales. Plus encore, un autre port de transit de la même société, établi en aval du pont OEBK à Matadi, continue de servir de relais logistique entre Kinshasa et Muanda.
Selon un cadre de la société ayant requis l’anonymat, les grumes transportées depuis Kinshasa y sont déchargées avant d’être acheminées par barges jusqu’à Muanda, d’où elles sont exportées vers l’étranger. Paradoxalement, ces activités génèrent des recettes douanières au profit du Trésor public, alors que l’État congolais interdit officiellement le fonctionnement de ce port.
Une présence justifiée ?
La société Congo Dhiao justifie l’implantation de son port de Matadi par la nécessité de désengorger celui de l’ONATRA, jugé saturé. Elle affirme également contribuer à la création d’emplois locaux et au développement économique du Kongo Central. Toutefois, la légalité de son port de Muanda, frappé de fermeture, reste un sujet de controverse, y compris parmi les autorités locales.
Concernant un autre port situé à proximité du pont OEBK, certaines voix avaient évoqué sa fermeture. Or, il n’a jamais été concerné par la mesure présidentielle, mais simplement recommandé à la délocalisation pour des raisons de sécurité.
Le gouvernement interpellé
La situation des ports Congo Dhiao et Mioc illustre une inertie manifeste des services de l’État, censés appliquer les décisions gouvernementales. Selon des observateurs, près de 80 % des ports frappés de fermeture à travers le pays continuent d’opérer en toute impunité, posant un sérieux défi à l’autorité de l’État.
La balle est désormais dans le camp du gouvernement de la République, qui doit soit faire appliquer ses décisions avec fermeté, soit assumer les conséquences économiques, sécuritaires et politiques d’un secteur portuaire en pleine dérive.
Dieudonné MUAKA DIMBI



