
Samedi, 19 juillet 2025-Cela pourrait prêter à sourire, voire à un mauvais canular. Pourtant, il n’en est rien. À Luki, dans le Kongo Central, l’une des plus importantes stations de recherche agronomique de la République Démocratique du Congo végète dans une léthargie inquiétante. Sur une concession agricole de 32.700 hectares, moins de 2.000 hectares sont encore exploités.
Créée le 12 janvier 1937 par décret royal n° 5/AGRI à l’époque coloniale, la station de l’Institut National pour l’Étude et la Recherche Agronomique (INERA/Luki), jadis vitrine de l’agriculture scientifique congolaise, a perdu de sa superbe. Ses rendements n’ont plus rien à voir avec ceux de l’époque coloniale, malgré les efforts visibles mais insuffisants de ses gestionnaires actuels.
Manque de moyens et démotivation généralisée
Selon un ingénieur agricole de la station ayant requis l’anonymat, l’insuffisance des subventions, en plus d’une irrégularité criante dans leur versement, freine drastiquement le bon fonctionnement de la structure. Le personnel réduit, démotivé, se contente du strict minimum.
Résultat : les agents délaissent de plus en plus les travaux de recherche pour se consacrer à des activités agricoles individuelles, toujours au sein de la concession, mais à des fins personnelles. Une pratique qui, bien qu’illégale, leur permet de survivre face à des salaires misérables.
Des efforts de conservation malgré tout
Dans ce marasme, il faut saluer un mérite : malgré la précarité, les agents continuent tant bien que mal à préserver le patrimoine génétique de la station. Ils cultivent encore de petites surfaces de maïs, ananas, cacao, oranges, ou encore exploitent timidement du bois scié.
L’herbier botanique reste l’un des joyaux de l’INERA/Luki, avec près de 32.000 échantillons conservés, des collections rares de wenge noir et blanc, de roches aurifères, de lianes, fruits, graines et même reptiles. La station dispose aussi d’un parc climatologique, d’un atelier de menuiserie, et d’une pépinière d’essai de fertilisation pour la domestication de la plante Gnstum (mfumbua).
Un appel pressant à l’État congolais
Située au cœur de la forêt du Mayombe, et s’étendant sur trois zones administratives — Lukula, Seke-Banza et Muanda — l’INERA/Luki constitue un véritable patrimoine agricole et scientifique que la RDC ne peut se permettre d’abandonner.
Il est donc urgent que les ministères en charge de l’agriculture, de l’environnement, du développement durable, des affaires foncières et du tourisme se saisissent de la situation.
Cela passe par le renforcement des effectifs ; la modernisation des infrastructures ; la revalorisation des salaires et des subventions mensuelles.
À défaut, c’est tout un pan de la mémoire scientifique et de la souveraineté agricole de la RDC qui risque de sombrer dans l’oubli.
Dieudonné MUAKA DIMBI



