
Dimanche, 20 juillet 2025-Un nouveau rapport de la Plateforme de Protection des Lanceurs d’Alerte en Afrique (PPLAAF) vient jeter une lumière crue sur les pratiques opaques ayant entaché le chantier de l’autoroute Kinshasa-Matadi. Au cœur de ce scandale : le ministre d’État à l’Aménagement du territoire, Guy Loando Mboyo, dont la famille est directement liée à une société ayant bénéficié de contrats juteux d’un montant total de 70 millions de dollars.
Une société familiale au cœur du montage
Selon PPLAAF, une société dénommée SIC, créée en mai 2019, a obtenu en un mois à peine un premier contrat de 25 millions de dollars dans le cadre du projet routier.
À l’époque, une entreprise familiale contrôlée par Guy Loando et son épouse détenait 35 % des parts de SIC. En tout, cette société aurait reçu 70 millions de dollars pour des travaux sous-traités sur l’autoroute Kinshasa-Matadi.
L’enquête, menée avec plusieurs médias internationaux, démontre également les liens personnels étroits entre Guy Loando et Simon Cong Maohuai, patron de SOPECO, l’entreprise principale du projet, réputée proche du clan Kabila.
Loando le présente lui-même comme son « mentor » sur le site web de sa propre fondation. Ces relations soulèvent de graves conflits d’intérêts.
Un projet stratégique détourné à des fins privées
L’autoroute Kinshasa-Matadi devait incarner une avancée majeure dans l’intégration régionale et le désenclavement économique du pays. Mais derrière le modèle BOT (construction-exploitation-transfert), PPLAAF révèle un système capturé par des intérêts privés, sans contrôle rigoureux de l’État.
L’Inspection générale des finances (IGF) avait déjà, dès 2021, alerté sur des budgets artificiellement gonflés et recommandé des poursuites judiciaires pour détournement de fonds publics. Pourtant, aucune suite judiciaire n’a été donnée jusqu’à présent, ni contre les entreprises impliquées, ni contre les responsables politiques.
Interrogé dans le cadre de l’enquête, Guy Loando a nié tout avantage personnel, affirmant ne pas être actionnaire de SIC. Mais les documents publiés par PPLAAF contredisent ses affirmations.
Face à ces preuves, le silence du gouvernement congolais suscite l’indignation de nombreuses organisations citoyennes.
Des voix s’élèvent pour que l’affaire ne soit pas étouffée. Car, comme le souligne Jimmy Kandé de PPLAAF, « l’absence de contrôle étatique efficace crée un terrain fertile pour la corruption ».
Firmin Mvonde, garant de l’intérêt public ?
Dans ce contexte, tous les regards se tournent vers le Procureur Général près la Cour de Cassation, Firmin Mvonde Mambu, dont le nom est synonyme de rigueur, probité et indépendance.
Il est désormais urgent que le Procureur Mvonde se saisisse du rapport de PPLAAF et ouvre une procédure judiciaire transparente.
Car les éléments à charge sont graves, étayés et documentés. La justice ne peut plus se permettre de détourner le regard.
Une affaire emblématique, un test de vérité
Ce scandale ne met pas seulement en cause un ministre. Il pose la question fondamentale de la reddition de comptes en RDC. L’autoroute Kinshasa-Matadi, essentielle pour le développement du pays, a été transformée en machine à enrichir un cercle restreint, pendant que les populations attendent toujours routes, écoles et hôpitaux.
La justice congolaise est face à un choix clair : agir avec fermeté, ou couvrir par son inaction un système de prédation.
La balle est dans le camp du parquet
Dans ce dossier, le rapport de PPLAAF ne laisse guère place au doute. Les responsabilités sont identifiées, les montages révélés, les liens documentés.
Il revient au Procureur Firmin Mvonde, fort de sa réputation et de son courage, de transformer ce scandale en point de rupture avec la culture de l’impunité.
Si la justice ne parle pas, c’est la République elle-même qui restera muette face au pillage.
ITK







