
Beni, le 16 mai 2026 – Une étape majeure vient d’être franchie dans le renforcement des capacités nationales en République démocratique du Congo. La Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en RDC (MONUSCO), à travers son Service de lutte antimines (UNMAS), a inauguré à Beni, chef-lieu provisoire du Nord-Kivu, le tout premier Centre de formation au déminage du pays.
Implanté sur la base de la MONUSCO à Mavivi, à une dizaine de kilomètres du centre-ville de Beni, ce centre marque une avancée significative dans la lutte contre la menace persistante des engins explosifs et dans les efforts visant à mieux protéger les populations civiles.
Renforcer les capacités nationales
D’une capacité d’accueil de 28 apprenants, le centre formera des spécialistes nationaux en neutralisation, enlèvement et destruction des explosifs (EOD niveaux 1 et 2). Chaque cycle de formation s’étendra sur dix semaines.
Selon Jean-Denis Nsoki Larsen, chef de la Section de lutte antimines de la MONUSCO : « Il s’agit d’une première à l’échelle nationale. Jusqu’à présent, tous les experts congolais étaient formés à l’étranger. Ce centre permettra d’augmenter significativement le nombre de spécialistes disponibles dans le pays. Le centre ici va former des spécialistes dans l’identification, la neutralisation et l’enlèvement des engins explosifs (NEDEX). Les stagiaires apprendront d’abord à neutraliser toutes sortes de munitions conventionnelles, et plus tard ils apprendront aussi à neutraliser les engins explosifs improvisés. »
Les stagiaires y acquerront des compétences essentielles, allant de l’identification des munitions conventionnelles à la neutralisation des engins explosifs improvisés (EEI).
Vers une autonomie accrue des forces congolaises
Au-delà de la formation technique, l’initiative s’inscrit dans une stratégie plus globale visant à autonomiser les forces nationales, notamment la Police nationale congolaise et les FARDC.
L’objectif est triple :
• Former des équipes EOD capables d’intervenir de manière autonome ;
• Réduire progressivement la dépendance à l’appui international ;
• Améliorer durablement la protection des civils.
Ce projet constitue également une étape importante vers un transfert progressif des compétences dans une perspective de stabilisation à long terme.
Le 15 mai 2026, huit militaires des FARDC issus de différentes unités ont reçu leurs certificats de qualification EOD niveau 1, devenant les premiers diplômés du centre.
Pendant trois semaines, ils ont suivi une formation intensive, combinant théorie et pratique, couvrant notamment :
• la traumatologie appliquée aux opérations de déminage ;
• la reconnaissance et classification des munitions ;
• l’organisation technique des opérations ;
• les principes des droits de l’homme ;
• les techniques de marquage des engins non explosés.
Pour Sylvestre Paluku, l’un des participants : « Cette formation est une première et représente une avancée majeure pour les FARDC. Nous avons acquis des compétences essentielles selon les normes internationales. Il est désormais important que le gouvernement nous accompagne en nous fournissant les équipements nécessaires. »
Pourquoi Beni ?
Le choix de Beni s’impose pour des raisons stratégiques :
• une région fortement affectée par les conflits armés ;
• une contamination importante par des munitions non explosées (UXO), des engins explosifs improvisés (IED) et des restes explosifs de guerre (ERW).
Former à Beni, c’est donc former au cœur même des zones à haut risque, là où les besoins opérationnels sont les plus pressants.
La présence d’engins explosifs continue de représenter un danger majeur pour les civils dans l’Est de la RDC. Jean-Denis Nsoki Larsen souligne : « La problématique des engins explosifs en RDC demeure l’un des sujets de préoccupation en matière de protection des civils ; particulièrement à l’Est du pays. Parmi les provinces les plus touchées par ce phénomène, figurent l’Ituri, le Nord-Kivu et le Sud-Kivu. »
Les conséquences sont multiples :
• pertes en vies humaines et blessures graves ;
• déplacements forcés des populations ;
• entraves au développement économique, en particulier dans le secteur agricole.
Les terres contaminées deviennent souvent inutilisables, aggravant l’insécurité alimentaire et limitant l’accès aux ressources essentielles telles que l’eau, les routes et les champs.
Même la simple suspicion de mines peut isoler des communautés entières.
Tresor KAMAVU et Jean TOBIE OKALA





