
Mercredi, 3 juin 2026-Ce mercredi 3 juin 2026, la journée « ville morte » décrétée par l’opposition congolaise a laissé des impressions mitigées dans plusieurs coins de la République démocratique du Congo. À Kinshasa, si l’appel n’a pas totalement paralysé les activités, il a toutefois provoqué un changement visible dans le quotidien de la capitale : une circulation routière exceptionnellement fluide.
Dans une ville habituée aux interminables embouteillages, aux klaxons permanents et aux heures perdues dans le trafic, cette journée a donné aux Kinois l’impression de découvrir une autre facette de leur capitale.
Dès l’aube, plusieurs grandes artères de la ville présentaient un visage inhabituel. Sur le boulevard du 30 Juin, l’avenue de la Libération ex-24 Novembre, le rond-point Victoire, Limete, Kintambo, Ngaba ou encore vers l’aéroport de Ndjili, les véhicules circulaient sans grande difficulté. Les routes étaient largement dégagées et les conducteurs parcouraient des distances importantes en quelques minutes seulement.
Pour de nombreux automobilistes, cette situation relevait presque de l’exceptionnel. Certains ont affirmé avoir atteint leurs lieux de service dans un temps record, chose devenue rare dans une capitale où les bouchons commencent parfois dès 5 heures du matin.
À Kinshasa, les embouteillages font partie du quotidien au point d’influencer la manière de vivre des habitants. Beaucoup quittent leurs domiciles avant le lever du soleil afin d’éviter le trafic. D’autres rentrent tard chez eux après avoir passé plusieurs heures bloqués sur les routes. Les chauffeurs de taxi, les agents de l’État, les commerçants, les élèves et même les malades subissent régulièrement les conséquences d’une circulation devenue chaotique.
Mais ce mercredi, le décor était différent.
La baisse sensible du nombre de véhicules sur les routes a créé une respiration inattendue dans la capitale. Plusieurs commerces sont restés fermés, certaines écoles n’ont pas fonctionné normalement et une partie des travailleurs ont préféré rester à domicile par prudence. Cette réduction partielle des mouvements a suffi pour désengorger une ville connue pour ses bouchons monstres.
Le phénomène a surtout mis en évidence une réalité souvent dénoncée par les experts urbains : Kinshasa étouffe sous le poids de son trafic routier. La capitale congolaise souffre d’un manque d’infrastructures adaptées à sa croissance démographique. Les routes existantes sont devenues insuffisantes face au nombre croissant de véhicules et à l’expansion rapide de la ville.
À cela s’ajoutent le mauvais état de certaines chaussées, l’absence de parkings modernes, l’indiscipline routière, les arrêts anarchiques des transports en commun et l’insuffisance d’un véritable système de transport urbain organisé.
Le résultat est connu : des embouteillages permanents qui coûtent énormément à l’économie de la ville. Chaque jour, des milliers d’heures de travail sont perdues dans le trafic. Le stress, la fatigue et même les accidents augmentent à cause de cette pression quotidienne sur les routes.
Ainsi, même si la ville morte reste avant tout un acte politique aux conséquences économiques importantes, elle aura permis de révéler un besoin profond partagé par de nombreux Kinois : celui de vivre dans une ville où circuler ne devient pas un combat quotidien.
Cette journée du 3 juin aura donc laissé une image inhabituelle dans les mémoires : celle d’une capitale plus calme, plus respirable et temporairement libérée de ses embouteillages chroniques.
Un paradoxe qui interpelle autant les autorités que les urbanistes sur l’urgence de repenser sérieusement la mobilité à Kinshasa.
ITK



