Mardi, 14 juillet 2026-Chaque jour, nos routes deviennent le miroir d’un mal profond : l’incivisme. Derrière les accidents à répétition, les embouteillages interminables et les vies brutalement arrachées se cache une réalité que nous refusons trop souvent d’affronter : le non-respect du Code de la route est devenu un comportement banal pour une partie des conducteurs.
Combien de chauffeurs roulent à contre-sens, brûlent les feux de signalisation, effectuent des dépassements dangereux, conduisent sous l’emprise de l’alcool ou du téléphone portable, transportent des passagers dans des conditions inhumaines ou ignorent délibérément les limitations de vitesse ? Le plus inquiétant est que ces infractions ne suscitent parfois ni remords ni véritable crainte de la sanction.
Cette situation interpelle. Elle exige une réponse qui dépasse les simples amendes ou les retraits de permis de conduire. Il est temps d’ouvrir un débat sur des mesures capables de transformer durablement les comportements. C’est dans cette perspective que je propose une réflexion : pourquoi ne pas intégrer les chauffeurs récidivistes ayant gravement violé le Code de la route dans un programme de rééducation citoyenne assuré par le Service national ?
Je ne parle pas ici d’une logique de punition aveugle ou de militarisation de la société. Je parle d’une démarche éducative, fondée sur la discipline, le civisme et le sens du devoir envers la collectivité.
Le Service national représente aujourd’hui bien plus qu’une structure de formation. Il véhicule des valeurs de responsabilité, de respect des règles, de solidarité et de patriotisme. Ces valeurs font précisément défaut à ceux qui considèrent la route comme un espace où chacun impose sa propre loi.
Imagine-t-on les effets d’un programme où les conducteurs sanctionnés seraient appelés à suivre une formation intensive sur la sécurité routière, le secourisme, la prévention des accidents et le respect de l’autorité ? Un programme où ils participeraient également à des campagnes de sensibilisation dans les écoles, les gares routières et les espaces publics afin de témoigner des conséquences de l’incivisme routier. Une telle expérience pourrait avoir un impact bien plus profond qu’une simple amende, souvent oubliée quelques jours plus tard.
L’incivisme routier ne constitue pas seulement une série d’infractions administratives. Il est devenu un véritable problème de sécurité publique et de développement. Chaque accident grave mobilise des ressources considérables : policiers, médecins, infirmiers, pompiers, magistrats, compagnies d’assurance et services de secours. Chaque victime représente une perte humaine, économique et sociale pour toute la nation.
La République démocratique du Congo ne peut continuer à supporter ce coût sans réfléchir à de nouvelles approches. Les sanctions financières, lorsqu’elles existent, ne suffisent pas toujours à décourager les récidivistes. Il faut désormais miser sur la responsabilisation.
Naturellement, une telle mesure devrait être strictement encadrée par la loi et respecter les droits fondamentaux des citoyens. Elle ne pourrait intervenir que dans des cas clairement définis, sous l’autorité des juridictions compétentes et en complément des sanctions prévues par le Code de la route. Il ne s’agirait pas d’une mesure arbitraire, mais d’un mécanisme légal de rééducation civique.
Cette proposition ne prétend pas résoudre à elle seule le problème de l’insécurité routière. Elle devrait s’accompagner d’autres réformes indispensables : amélioration des infrastructures, renforcement des contrôles routiers, lutte contre la corruption, formation continue des conducteurs professionnels et éducation routière dès le plus jeune âge.
La sécurité routière est l’affaire de tous. Elle ne dépend pas uniquement de l’État ou des forces de l’ordre, mais également de notre comportement individuel. Respecter le Code de la route, c’est respecter la vie. C’est reconnaître que chaque conducteur est responsable de sa propre sécurité, mais aussi de celle des autres usagers.
Le débat mérite d’être ouvert. Car si nous voulons réellement sauver des vies, il nous faudra peut-être accepter d’innover dans notre manière de sanctionner, d’éduquer et de responsabiliser. Une société disciplinée ne se construit pas uniquement avec des lois ; elle se bâtit surtout par l’apprentissage du civisme et du respect des règles communes.
Kevin INANA TSHIBALOKA
Expert en Communication


