Samedi, 8 août 2026-La trajectoire de l’endettement public en République démocratique du Congo suscite de nouvelles interrogations. Dans une réflexion consacrée à la gestion de la dette, le député national Flory Mapamboli s’inquiète de la progression rapide de l’encours des titres publics et questionne surtout l’utilisation des ressources mobilisées par l’État.
Selon les chiffres avancés par l’élu national, l’encours des titres publics aurait désormais dépassé 7.655 milliards de CDF, soit environ 3,4 milliards de dollars américains. Un niveau qui représenterait, selon lui, 6,4 fois celui enregistré à la fin de l’année 2023.
Mais c’est surtout le rythme récent des émissions qui interpelle le député. Pour le seul mois de juillet 2026, les émissions nettes de titres publics se seraient établies à plus de 740 milliards de CDF, soit environ 280 millions de dollars, alors que le déficit de trésorerie mensuel aurait été inférieur à 50 milliards de CDF.
Pour Flory Mapamboli, cet écart mérite des explications. Pourquoi mobiliser des montants aussi importants par l’endettement alors que le besoin de financement immédiat du Trésor apparaît nettement inférieur ? La question renvoie directement à la destination effective des fonds empruntés.
L’Eurobond de 1,25 milliard USD au cœur des interrogations
Le député s’interroge également sur la gestion des ressources issues de l’Eurobond de 1,25 milliard de dollars américains. Selon lui, cette enveloppe demeure largement thésaurisée alors même qu’elle génère des charges financières importantes.
« En finances, c’est une aberration ! », dénonce-t-il, estimant qu’il est difficilement justifiable de supporter un coût d’endettement élevé sur des ressources qui ne seraient pas immédiatement utilisées à des fins productives.
Au-delà de la polémique sur le niveau des intérêts, cette situation pose une question plus fondamentale : quel est le coût économique de l’endettement lorsque les ressources empruntées restent immobilisées au lieu de financer des investissements susceptibles de générer des revenus ou de stimuler la croissance ?
Investir ou financer les dépenses courantes ?
Pour Flory Mapamboli, le véritable débat ne devrait toutefois pas se limiter au montant de la dette. Il doit porter sur son utilisation.
« Pourquoi s’endette-t-on ? Pour investir ? Ou pour payer des salaires ? », s’interroge le député national.
Cette interrogation touche au cœur de la politique budgétaire. L’endettement public peut constituer un instrument de développement lorsqu’il permet de financer des infrastructures, des projets énergétiques, des investissements productifs ou des secteurs capables d’accroître la capacité de production et les recettes futures de l’État.
En revanche, lorsque l’emprunt sert principalement à couvrir des dépenses courantes, notamment les salaires et le fonctionnement de l’administration, le risque est de créer une dynamique dans laquelle de nouvelles dettes servent progressivement à financer les engagements issus des dettes précédentes.
Une exigence de transparence sur l’utilisation des emprunts
La réflexion du député national pose ainsi une question de transparence et de responsabilité dans la gestion des finances publiques.
Au regard de l’accélération des émissions de titres publics, il devient essentiel de connaître précisément la destination des ressources mobilisées, leur coût, leur échéancier de remboursement et leur contribution attendue à la croissance économique.
Pour Flory Mapamboli, l’enjeu n’est donc pas simplement de savoir si la RDC peut encore emprunter. Il s’agit surtout de déterminer si les emprunts contractés aujourd’hui créent suffisamment de valeur pour permettre à l’État de les rembourser demain sans fragiliser davantage les finances publiques.
La question est désormais posée : la RDC s’endette-t-elle pour préparer son développement ou pour financer ses besoins immédiats ?
ITK


