
Mercredi, 10 août 2022-C’est le 18 juillet dernier que les vrais problèmes ont commencé. Face à la presse, revêtu de sa casquette d’opposant radical au régime, Kabund va, sans réserve, plier ses manches pour engager un duel corps-à-corps avec le président de la République. Avec des mots crus et dures, l’ancien vice-président de l’Assemblée nationale va tirer à balles réelles sur Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo. Jouisseur, incompétent, président sans vision, toutes les qualifications étaient bonnes pour décrire Félix Tshisekedi Tshilombo ce 18 juillet là à Kingabwa.
Les réactions des caciques de l’UDPS ne vont pas se faire attendre. Peter Kazadi, Augustin Kabuya, Paul Tshilumbu, Gecko Beya…tous ont réagi pour essayer de recadrer le maître nageur autoproclamé, mais en vain. Les réactions des hauts cadres du parti présidentiel n’étaient pas à la hauteur des révélations de Kabund.
L’histoire va prendre une autre tournure lorsque le parquet général près la cour de cassation va se saisir du dossier. Officiellement, le procureur saisira ainsi sans tarder le bureau de l’assemblée nationale pour des poursuites contre l’ancien premier vice-président de la chambre basse.
Aussitôt pris connaissance de la démarche de la cour de cassation, l’homme qui se réclame fils idéologique de Tshisekedi wa Mulumba Étienne va enfoncer les clous pour en finir avec le régime Tshisekedi.
Sur les antennes de la Radio France Internationale, Kabund va faire d’autres déclarations graves. Il va, cette fois là, dénoncé la sortie de plusieurs millions de dollars du pays par des jets privés en destination des Paradis fiscaux.
Plus loin, il affirme avoir des preuves de ses allégations. Sans le savoir peut-être, le président national de l’Alliance pour le Changement était en train d’aggraver sa situation.
« Connaissant les méthodes employées par le régime pour détourner l’argent Public », Kabund devra cette fois là aider la justice à retracer les millions qui sortent frauduleusement du pays pour des Paradis fiscaux.
Mboso livre Kabund à la justice…
Les députés nationaux en vacance parlementaire, le bureau de l’Assemblée nationale va rapidement autoriser le lundi 25 juillet dernier, les poursuites judiciaires contre son ancien premier vice-président, le député national Jean-Marc Kabund.
Cette décision est consécutive à la réquisition du procureur général près la Cour de cassation, sollicitant d’ouvrir une instruction à charge de l’ancien président a.i de l’UDPS, radié de son parti.
Officiellement traqué par la justice, Kabund est accusé d’outrage au Chef de l’État ainsi qu’aux institutions de la République.
L’Assemblée nationale dit avoir accédé à cette demande conformément à la constitution en son article 107, ainsi qu’au règlement de cette hémicycle en ses articles 101 et 102.
Refusant de garder sa langue en poche, Kabund va s’attaquer à Christophe Mboso et aux autres membres du bureau de l’assemblée nationale. Il dénonce l’instrumentation des institutions dont la chambre basse du parlement et la justice congolaise pour museler l’opposition.
Bras de fer officiellement engagé, c’est le jeu de ping-pong des correspondances qui commence entre Mboso et Kabund. Droit dans ses bottes, le maître nageur va rejeter, par deux fois, l’invitation de Mboso qui lui demandait de présenter ses moyens de défense avant la levée de ses immunités exigée par le procureur près la cour de cassation.
Deux aller-retours Kingabwa-Cour de Cassation…
Les choses semblent maîtrisées jusque-là par Kabund. Invité pour la première fois au parquet près la cour de cassation le 28 juillet dernier, l’élu de Mont-Amba va rentrer chez lui en homme libre après plus de 5 heures d’audition. Ce, sous l’animation de ses partisans venus pour la circonstance. Escorté par ses fidèles, l’homme se dirigera vers la gare centrale pour prendre la route poid-lourd afin de regagner sa résidence à Kingabwa.
Le 2 août 2022, jour programmé pour la deuxième audition, comme lors de la première audition, Kabund se fait accompagné d’une foule. Au regard des changements opérés à la cour de cassation, l’audition n’aura pas lieu. Pour la deuxième fois, Kabund regagnera sa résidence par la gare centrale, en homme libre.
Deux aller-retours Kingabwa-Cour de cassation, tout semble marcher comme sur des roulettes pour le maître nageur autoproclamé.
Un aller sans retour !
Ponctuel, Kabund se présente ce 9 août au parquet près la cour de cassation. Seulement pour cette fois, les choses ne vont pas se passer comme lors de deux dernières auditions.
Refusant de se présenter au bureau pour se défendre, Kabund risque gros. Le bureau va cette fois là, envoyé un document bien fermé au parquet. De quoi s’agit-il au juste? La question mérite d’être posée. Au parti de Kabund, l’on croit savoir le fond du document. Mboso a décidé de lever les immunités.
Tel un soldat sans armes, Kabund arrive au parquet près la cour de cassation.
Quelques heures après l’audition, l’opposant va sortir de la salle, cette fois là, escorté par la police.
Visiblement déstressé, sourire aux lèvres, signe de victoire aux doigts, Kabund va prendre, cette fois là, une autre direction. C’est un aller simple.
Aussi, ce n’est plus par la gare centrale, mais plutôt, le sens contraire, 24 novembre, tout droit vers la prison centrale de Makala dans la commune de Selembao.
Aussitôt arrivé, l’homme a installé son quartier général au pavillon 8 de ce centre de rééducation.
Les réactions vont suivre après cette arrestation. Les mouvements citoyens, partis politiques de l’opposition, société civile…tous vont s’attaquer au régime, dénonçant ainsi les stratégies de réduire en silence les opposants.
Pendant ce temps, le maître nageur passe sa première nuit à la prison centrale de Makala.
Kevin INANA TSHIBALOKA



