
Vendredi, 23 mai 2025-L’ancien Premier ministre de la République démocratique du Congo (RDC), Augustin Matata Ponyo Mapon, s’est envolé pour la Belgique malgré sa condamnation récente à 10 ans de travaux forcés pour détournement de fonds publics. Cette situation jette un trouble sur l’efficacité de la justice congolaise et soulève de nombreuses interrogations sur les complicités possibles qui auraient facilité son départ.
Le 20 mai 2025, la Cour constitutionnelle de la RDC a condamné Matata Ponyo à 10 ans de travaux forcés pour son rôle dans la mauvaise gestion du projet controversé de Bukanga-Lonzo, un méga projet agro-industriel qui aurait englouti plus de 200 millions de dollars sans résultats tangibles.
L’ancien Premier ministre était poursuivi pour détournement de deniers publics, corruption et malversation financière.
La décision a été saluée comme une avancée dans la lutte contre l’impunité. Toutefois, moins de 72 heures après la condamnation, Matata a quitté le pays, officiellement pour des raisons médicales, à bord d’un vol commercial à destination de Bruxelles. Ce départ, confirmé par plusieurs sources aéroportuaires et diplomatiques, a provoqué la stupeur.
Comment a-t-il pu quitter le territoire ?
La question est sur toutes les lèvres à Kinshasa. Comment un homme condamné à une peine aussi lourde a-t-il pu franchir les frontières sans être arrêté ? Plusieurs sources indiquent que Matata Ponyo n’était pas sous mandat de dépôt au moment du verdict, ce qui lui aurait permis de quitter le pays légalement. D’autres évoquent une faille dans la communication entre les autorités judiciaires et les services migratoires.
Des voix s’élèvent déjà pour dénoncer une « complicité d’État » ou une « fuite organisée » avec l’aval tacite de certaines autorités politiques. L’opinion publique s’indigne, d’autant plus que Matata Ponyo bénéficie d’un réseau d’influence puissant, tant au pays qu’à l’étranger.
Réactions en chaîne
Du côté du gouvernement, aucun communiqué officiel n’a encore été publié. Interrogé à ce sujet, un membre du cabinet du ministre de la Justice a simplement déclaré : « L’État de droit doit s’appliquer à tous. Des enquêtes internes sont en cours pour établir les responsabilités. »
Dans l’opposition, certains dénoncent une mascarade judiciaire : « C’était un procès pour calmer les partenaires internationaux. On savait très bien qu’il ne passerait pas une nuit en prison », a lancé un député de l’opposition sous couvert d’anonymat.
Une affaire aux implications internationales
Le séjour de Matata Ponyo en Belgique pourrait devenir un dossier diplomatique sensible. Selon les règles de coopération judiciaire entre la RDC et l’Union européenne, une demande d’extradition pourrait être envisagée, mais le processus s’annonce long et complexe.
D’autant plus que l’ancien Premier ministre jouit d’un statut d’homme politique influent et d’un carnet d’adresses fourni à Bruxelles, où il séjourne régulièrement depuis la fin de son mandat. Certains redoutent qu’il obtienne un statut de réfugié politique, ce qui rendrait toute extradition impossible.
Ce nouveau rebondissement vient fragiliser davantage la promesse du président Félix Tshisekedi d’instaurer un véritable État de droit. Après plusieurs condamnations médiatisées sans effet concret, cette affaire risque de ternir l’image du pays sur la scène internationale.
Pour les Congolais, c’est une énième illustration du « deux poids, deux mesures » dans la justice nationale : les puissants échappent toujours à la rigueur de la loi, pendant que les plus faibles croupissent en prison pour des délits mineurs.
ITK



