
Mardi, 27 mai 2025-Prononcé dans une posture présidentielle mais empreinte d’un fond rebelle, le discours de J. Kabila a embrasé la toile. Et pourtant, le prône n’avait rien de novateur. Il ne s’agissait que d’une reprise des griefs ressassés que l’opposition martèle depuis des lustres.
Ce n’est pas tant le contenu du message qui avait fait du buzz que l’emballement disproportionné qu’il a suscité, notamment dans nos rangs au sein de la majorité, conférant à cette intervention une envergure qu’elle n’aurait jamais dû atteindre.
En vérité, si les nôtres s’étaient contentés d’une indifférence stratégique, en traitant cette sortie avec le recul et le sang-froid qu’elle exigeait, elle serait passée quasiment inaperçue.
De notre côté, il est notoire que nous ne portons pas notre plume dans notre poche. Mais nous avons estimé qu’au milieu du vacarme et de la cacophonie, notre voix risquait de se diluer dans le tumulte.
À présent que le chahut médiatique s’est estompé,il est temps de nous exprimer.
Le discours de l’ancien président a été prononcé à peine vingt-quatre heures après la levée de ses immunités parlementaires.
Cette réaction spontanée trahit une nervosité palpable. Une perte de contrôle. Contrairement à ce qu’ont tenté de faire croire certains laudateurs, il ne s’agissait nullement d’une prise de hauteur d’homme d’État, mais bien d’une impulsion défensive d’un acteur acculé, sur la défensive.
Sur le plan de la gouvernance, le réquisitoire de l’ancien président à l’encontre de F. Tshisekedi se veut sévère. Il affirme qu’à la fin de son règne, le pays était prêt à s’arracher à la stagnation, tandis qu’aujourd’hui il serait replongé dans la pauvreté, la corruption et l’immobilisme.
Pourtant, même avec une mémoire lacunaire, nul ne peut sérieusement soutenir que la condition du peuple congolais sous son règne était plus enviable qu’elle ne l’est aujourd’hui. Les défis restent identiques: pauvreté endémique, insécurité chronique, chômage massif.
Ainsi, si la critique du pouvoir en place est légitime, elle perd de sa crédibilité lorsqu’elle émane d’un dirigeant dont la gouvernance fut marquée par les tares mêmes qu’il dénonce aujourd’hui.
Sa proposition de mettre fin à la » tyrannie » qu’il a dit engager toute la nation ,sans mandat du peuple, sonne comme un appel à la rupture institutionnelle. Une programmation de coup d’ État ? Une amplification de l’agression ?
Si tel est le cas, alors celui que l’on saluait naguère comme sage, artisan de la première alternance pacifique de la RDC se métamorphose en promoteur d’une alternance par les armes !
Et pourtant, il lui restait une carte historique majeure à jouer. Celle de favoriser, en 2028, une seconde alternance pacifique, socle incontournable de la maturation démocratique de notre jeune République. En s’engageant dans une logique de déstabilisation larvée, il contribue à briser ce qui aurait pu être une continuité républicaine, fondée sur le respect scrupuleux des échéances électorales et le renforcement des institutions.
Pire, cette agression étrangère contraint le gouvernement à mobiliser l’essentiel de ses ressources pour la défense de l’intégrité territoriale, au détriment des urgences sociales et la préparation des prochaines joutes électorales.
Les financements qui auraient dû être alloués au bon fonctionnement de la CENI, à l’apaisement social ou à la modernisation des services publics sont engloutis par l’effort de guerre. À ce rythme, la tenue effective des élections de 2028 devient aléatoire.
Cette échéance n’aura plus lieu.
À qui faudra-t-il imputer ce recul démocratique ? L’ironie serait cruelle. Que celui qui permit la première alternance démocratique devienne l’obstacle majeur à la seconde.
Tragique paradoxe. L’homme que l’Afrique aurait pu consulter comme sage dans les tempêtes choisit d’être lui-même une tempête à gérer par ses anciens collègues Chefs d’ État restés sages.



