
Kinshasa, le 15 mai 2025 – Une étape décisive a été franchie ce jeudi au Sénat de la République démocratique du Congo. Réuni en plénière à huis clos, le Sénat a décidé de la mise en place d’une commission spéciale chargée d’examiner la faisabilité de la levée des immunités du sénateur à vie Joseph Kabila Kabange, ancien président de la République.
Cette initiative fait suite au réquisitoire transmis par l’auditeur général des Forces armées de la RDC (FARDC), qui sollicite l’autorisation de poursuites judiciaires à l’encontre de l’ancien chef de l’État. Le contenu exact de ce réquisitoire n’a pas été rendu public à ce stade, mais il aurait été jugé suffisamment sérieux pour susciter l’ouverture d’une procédure formelle.
Une plénière tendue et des débats nourris
La plénière, convoquée spécifiquement pour examiner la suite à réserver à cette requête, s’est tenue à huis clos. Selon des sources parlementaires, les discussions ont été longues, techniques et parfois houleuses. Plusieurs sénateurs se sont exprimés, certains plaidant pour le respect strict de la procédure parlementaire, d’autres mettant en garde contre ce qu’ils considèrent comme une instrumentalisation politique de la justice.
La tension est montée d’un cran lorsque la sénatrice Christine Mwando Katempa, élue du groupe politique Ensemble, a soulevé une motion incidentelle dès l’ouverture des débats. En se référant à l’article 224 du règlement intérieur du Sénat, elle a soutenu que toute décision relative à la levée des immunités d’un sénateur à vie – statut conféré à Joseph Kabila en vertu de la Constitution – devrait être soumise non à une simple plénière, mais à l’ensemble du Congrès, c’est-à-dire à la réunion conjointe de l’Assemblée nationale et du Sénat.
Ce rappel juridique a suscité un vif débat interprétatif. Certains élus ont considéré que le Sénat pouvait statuer seul, Joseph Kabila étant avant tout sénateur, tandis que d’autres ont estimé qu’en tant qu’ancien président, son statut de sénateur à vie lui conférait une protection spécifique, justifiant une procédure renforcée.
Une commission pour clarifier le cadre juridique
Face à cette divergence d’interprétation, la plénière a décidé, à la majorité, de la création d’une commission spéciale chargée d’examiner non seulement la recevabilité de la requête de l’auditeur général, mais aussi la compétence du Sénat à trancher en la matière, et les implications juridiques d’une éventuelle levée d’immunité.
Composée de sénateurs issus de différentes familles politiques et commissions permanentes, cette instance ad hoc devra rendre ses conclusions au plus tard ce lundi 19 mai. Son rapport sera ensuite soumis à l’appréciation du bureau du Sénat, avant toute décision définitive.
Une première dans l’histoire institutionnelle de la RDC
C’est la première fois depuis l’entrée en vigueur de la Constitution de 2006 qu’une procédure visant un ancien chef de l’État dans l’exercice de son statut de sénateur à vie est enclenchée. Ce précédent soulève de nombreuses interrogations, tant sur le plan juridique que politique.
Alors que le climat sociopolitique reste tendu, cette affaire pourrait polariser davantage l’opinion publique et les acteurs politiques. Certains voient dans cette procédure un tournant vers la fin de l’impunité pour les hauts responsables, tandis que d’autres dénoncent une possible tentative de règlement de comptes politiques à l’approche de la réorganisation des institutions issues des élections de 2023.
Prochaines étapes
D’ici lundi, tous les regards seront tournés vers les conclusions de la commission spéciale. Le rapport qui sera présenté pourrait orienter le Sénat vers une procédure exceptionnelle au Congrès, ou au contraire valider la compétence de la chambre haute à se prononcer seule.
Quelle que soit l’issue, ce développement marque un moment inédit dans la jeune histoire démocratique de la RDC, avec en toile de fond une redéfinition potentielle du rôle des institutions face à la responsabilité des anciens dirigeants.
ITK



