
Mercredi, 4 mars 2026-Trois mois après la fermeture définitive de la base de la MONUSCO à Amee, dans le territoire de Mahagi en province de l’Ituri, les communautés locales continuent de préserver un climat d’accalmie dans cette zone jadis éprouvée par des violences intercommunautaires.
Le 4 décembre 2025 a marqué une étape symbolique pour les habitants d’Amee, située à environ 185 km au nord de Bunia. Après six années d’appui sécuritaire, la MONUSCO mettait fin à sa présence militaire dans la zone, estimant que les conditions de stabilité étaient progressivement réunies.
Du 2 au 5 mars 2026, une mission pluridisciplinaire de la Mission onusienne est revenue sur place pour évaluer la situation. Son constat : le calme prévaut toujours.
Les populations circulent librement, les activités socio-économiques ont repris et les dispositifs communautaires mis en place avant le retrait continuent de fonctionner efficacement.
Selon les leaders locaux, la stabilité actuelle est le résultat direct des outils instaurés avant le départ des Casques bleus : dialogues intercommunautaires, formations en gestion des conflits, mécanismes d’alerte précoce et réunions régulières entre notables.
Jean-Marie Kawarunyo Alar, notable Alur du groupement de Pamitua, témoigne :
« Quand on avait annoncé la fermeture de la base, nous avions peur. Mais Dieu merci, rien de grave ne s’est produit. La MONUSCO nous a réunis, nous a formés, et grâce à ces réunions, nous vivons aujourd’hui en paix. »
Les indicateurs sont jugés encourageants : baisse notable de la criminalité ; rapprochement progressif entre communautés ; retour des élèves et enseignants dans les mêmes établissements ; reprise visible du commerce local.
À Amee, les échanges commerciaux entre groupements voisins connaissent un regain d’activité. La méfiance d’hier laisse place à une coopération pragmatique.
Ucai Uzele, opérateur économique au centre commercial d’Amee, observe : « Nos frères du groupement voisin viennent se ravitailler en savon, sel, bière… Et chez eux, nous récupérons des produits vivriers comme les cossettes de manioc, la pomme de terre ou le haricot. »
Cette complémentarité économique contribue à renforcer les liens sociaux et à réduire les tensions.
Les efforts de médiation engagés avant le retrait de la MONUSCO ont favorisé l’émergence d’une culture du dialogue.
Umirambe Ugwaro, notable Lendu, souligne :
« S’il y a un problème entre les deux entités, on s’assoit autour d’une table et la solution arrive vite. Nous collaborons très bien et vivons dans une cohésion sociale réelle. »
Cependant, des défis subsistent. Certains jeunes conserveraient encore illégalement des armes, ce qui constitue une menace potentielle pour la consolidation durable de la paix.
Les communautés d’Amee et du territoire de Mahagi appellent ainsi l’État congolais à accélérer la mise en œuvre du PDDRC-S (Programme de Désarmement, Démobilisation, Relèvement Communautaire et Stabilisation).
Le chef coutumier Dhekana Ayuba insiste :
« Notre souhait est de voir le processus de la Réserve Armée de Défense et celui du PDDRCS être accélérés. Si ces jeunes armés sont pris en charge, cela soulagera toute la population. »
La situation observée à Amee démontre que les mécanismes communautaires de prévention et de gestion pacifique des conflits peuvent produire des résultats tangibles, même après le retrait d’une mission internationale.
Mais dans un contexte encore fragile, les habitants plaident pour un engagement renforcé de l’État afin de transformer cette accalmie en paix durable, au bénéfice de toutes les communautés de l’Ituri.
Trésor KAMAVU



