
Samedi, 5 avril 2025-Le secteur médiatique de la République Démocratique du Congo, somme toute, est depuis confronté à plusieurs problèmes liés directement aux professionnels de médias et à l’outil de travail ; mais aussi à la gestion on ne peut plus opaque des finances par certains de leurs propriétaires et aux humeurs des hommes politiques. Cette problématique, à dire vrai, ne conduit nullement à l’excellence du travail que devrait fournir le journaliste en faveur notamment des auditeurs, des téléspectateurs, des lecteurs et des internautes.
Généralement, les professionnels des médias de la République Démocratique du Congo, de l’Est à l’Ouest et du Nord au Sud, ne vivent pas de leurs salaires ou encore de leurs primes ne leur permettant pas de nouer les deux bouts du mois. C’est grâce à leurs relations personnelles, parfois déshonorantes, qu’ils essaient tant soit peu de satisfaire aux besoins primordiaux de leurs foyers respectifs.
C’est ici qu’intervient bon gré mal gré un pourboire qui, en somme, n’en est pas un dans la mesure où il faut forcer la note pour être servi.
Alors que le code de déontologie du journaliste congolais stipule, en son article 7 : « Ne pas accepter un quelconque présent de la part des sources d’information, aucun avantage ou cadeau pour diffuser ou étouffer des informations, ni aucune gratification en raison de la publication, de la distorsion ou de la suppression d’une information ».
Il se fait malheureusement que faute d’un salaire décent dans certains médias et de l’inexistence de ceci, dans d’autres, cette disposition est foulée aux pieds jusqu’à ce jour par la grande majorité de journalistes.
A noter que le pourboire dont il est questio dans nos lignes, a pour nom, dans le jargon journalistique dans ce grand pays situé au cœur de l’Afrique, « coupage ».
En faisant marche en arrière dans le temps, ce système longtemps instauré et qui persiste encore, en dépit des efforts décuplés par les différentes structures des médias, ne valorise pas la profession du journaliste. Il dérive du nom d’un ancien gouverneur de province de l’époque qui, selon nos sources concordantes, répondait au nom de Kupa.
C’est après un reportage réalisé en son temps par des journalistes de la Voix du Zaïre, aujourd’hui Radio Télévision Nationale Congolaise (RTNC), que ce gouverneur de province remettra une somme d’argent aux reporters qui, contre toute attente, oublieront même leur « Nagra », un vieil et lourd outil de travail faisant aujourd’hui office d’un dictaphone.
Ce geste posé par ce haut cadre d’état était alors baptisé « coupage » ; un vocable tiré de son nom de famille qu’il fallait franciser pour devenir depuis des dizaines d’années « coupage ».
Comme on peut le remarquer, cette intervention financière donnée aux professionnels de médias par ce gouverneur, a donc démontré noir sur blanc que les chevaliers de micro et de la plume sont mal payés, les uns, et sous payés, les autres.
Par conséquent, ils considèrent ce « coupage » comme étant un supplément à leurs minables salaires, primes et frais de transport qui ne respectent aucune ligne relative au Code de travail en vigueur en RD. Congo.
Ce phénomène qui gangrène depuis des lustres la profession de journaliste est en effet de beaucoup à la base non seulement du cloisonnement des professionnels de médias dans la liberté d’expression vis-à-vis de leurs donateurs respectifs ; mais aussi et surtout des dérapages et autres bavures tant décriés.
Tout compte fait, cette pratique ayant pris des proportions très inquiétantes, d’une part, et ayant des racines dans l’exercice de la profession de la presse, doit être éradiquée à tout prix pour enfin donner de la valeur à ce métier à la fois noble et ingrat. Et pour y parvenir, pensent de nombreux observateurs, une seule thérapeutique de choc suffit. C’est celle d’améliorer tout simplement les conditions de vie des professionnels de médias tant officiels que privés. Etant donné que tous exercent les mêmes fonctions.
Un combat que doit mener, à notre humble avis, le ministère en charge de la communication et des médias et ce, avec l’appui des décideurs et des organismes nationaux et internationaux ayant le secteur médiatique dans leurs attributions.
Car, l’éradication de ce phénomène nécessite une certaine dose de conscience de la part des décideurs au vu de son caractère avilissant, ainsi que des actions de renforcement des capacités des promoteurs des entreprises de presse et des professionnels de médias devant demeurer ensemble soudés en vue de stopper nette l’ampleur longtemps prise par ce phénomène érigé en mode d’agir du journaliste congolais.
Dieudonné MUAKA DIMBI



