
Bukavu, RDC — Le silence pèse lourd dans plusieurs familles de policiers à Bukavu. Depuis des semaines, elles restent sans nouvelles de leurs proches, enrôlés par les rebelles du M23. Certaines de ces familles vivent dans l’angoisse, d’autres dans la résignation. Quelques policiers sont revenus, mais dans un état critique, hospitalisés dès leur retour.
Ce phénomène suscite de nombreuses interrogations sur les conditions de vie des policiers enrôlés, parfois de force, dans les rangs du M23, particulièrement dans les zones sous occupation rebelle dans l’est du pays.
Un silence inquiétant
« On ne sait pas s’ils sont encore vivants », confie une mère de famille, dont le fils, policier, avait été vu pour la dernière fois dans un camp à la sortie de la ville.
Comme elle, plusieurs familles n’ont reçu aucun signe de vie depuis le départ de leurs proches, envoyés ou attirés dans ce qui s’est révélé être un piège vers les territoires contrôlés par le M23.
Des retours traumatiques
Quelques policiers ont pu revenir à Bukavu. Hospitalisés dans un état physique et psychologique critique, ils témoignent, sous anonymat, des conditions extrêmes dans lesquelles ils ont vécu.
« Beaucoup sont morts pendant la formation à Rutshuru. Ceux qui ont eu de la chance se sont dirigés vers l’Ouganda ou le Rwanda. Il y a plusieurs réalités là-bas. Ce qu’on nous dit ici est très différent de ce que les gens vivent réellement là-bas », explique un ancien policier revenu récemment.
Selon nos sources, la formation militaire dispensée par le M23 serait extrêmement éprouvante, avec des conditions de vie rudimentaires et des pressions psychologiques intenses. Le récit de ceux qui ont survécu met en lumière l’ampleur du traumatisme subi.
Une stratégie d’enrôlement opaque
Les autorités locales n’ont pas encore communiqué officiellement sur ces cas, mais des organisations de la société civile craignent que ces enrôlements ne soient que la face visible d’un réseau plus vaste d’exploitation de forces de sécurité par les groupes armés.
Notre rédaction entame une série de reportages dans les zones occupées par le M23-RDF afin de recueillir davantage de témoignages sur cette réalité peu connue. L’objectif est de comprendre ce que deviennent ces policiers, comment ils sont recrutés, formés, puis parfois abandonnés à eux-mêmes, loin de leurs familles.
Appel à la transparence
Face à l’ampleur du phénomène, des voix s’élèvent pour exiger une enquête indépendante et une prise en charge des familles touchées. Car derrière chaque uniforme disparu, il y a une histoire, une famille, et souvent un silence insoutenable.
ITK



