Okapinews.net
AlerteSociétéUne

Permis miniers : que cache réellement la mise au point de Kamoto Copper Company ?

publicite-candidat

Vendredi,  8 août 2025-Dans un communiqué laconique publié ce jeudi, Kamoto Copper Company (KCC) a tenu à « clarifier » sa position au sujet de la prétendue cession de trois sites miniers à l’exploitation artisanale dans le Lualaba. Selon l’entreprise, aucun engagement n’a été pris. Pourtant, derrière cette mise au point se dessinent les contours d’un dossier bien plus opaque, mêlant enjeux économiques colossaux, luttes d’influence et interrogations persistantes sur la gouvernance des ressources minières en République démocratique du Congo.

Filiale de la multinationale suisse Glencore, Kamoto Copper Company exploite l’une des plus importantes mines de cuivre et de cobalt du pays, à Kolwezi. Depuis des années, KCC se présente comme un moteur économique du Lualaba, à la fois employeur, contribuable et investisseur social.

Mais cette image bien lustrée est régulièrement écornée par des accusations de pollution, de mauvaise redistribution des revenus miniers, et surtout, par une opacité dans la gestion des permis d’exploitation.

Le communiqué publié ce 7 août se veut ferme : KCC dément toute cession d’actifs miniers à des exploitants artisanaux. Pourtant, l’entreprise confirme dans la foulée que trois de ses permis (PE 4960, PE 11601 et PE 4963) ont été restitués au Cadastre Minier lors du renouvellement de 2024.

En d’autres termes, ces permis ont été retirés de son portefeuille et remis à la disposition de l’État congolais, sans précision sur les raisons de cette perte.

Des zones d’ombre sur les opérations de KCC et Glencore

Cette clarification soulève davantage de questions qu’elle n’en résout. Pourquoi ces permis ont-ils été retirés ? L’État a-t-il envisagé de les attribuer à des coopératives minières artisanales ? Y a-t-il eu des discussions informelles entre KCC et les autorités sur ce sujet ? Aucune réponse claire n’est fournie.

Il est important de rappeler que Glencore, la maison-mère de KCC, traîne une réputation controversée dans plusieurs pays. Le géant suisse a été au cœur de scandales internationaux pour corruption, évasion fiscale et violations environnementales.

En RDC, ses activités ont déjà été mises en cause dans des rapports de l’ONU et d’ONG comme Global Witness ou Rights and Accountability in Development (RAID), pour des pratiques jugées préjudiciables à l’intérêt public.

En 2022, Glencore a même accepté de payer plus de 1,1 milliard de dollars d’amendes aux États-Unis, au Royaume-Uni et au Brésil pour solder des accusations de corruption sur plusieurs continents, y compris en Afrique. KCC, en tant que principale opération de Glencore en RDC, n’échappe pas à cette image sulfureuse.

L’État doit reprendre la main

Le retour des trois permis dans le giron du Cadastre Minier est présenté par KCC comme une simple procédure administrative. Pourtant, il pourrait s’agir d’un tournant.

La gestion des ressources naturelles congolaises ne peut plus être laissée à la discrétion de grandes multinationales, dont les intérêts sont rarement alignés avec ceux des communautés locales.

Il revient désormais à l’État congolais, et plus précisément au Ministère des Mines et au Cadastre Minier, de faire preuve de transparence.

Les permis retirés à KCC doivent faire l’objet d’un processus clair, participatif et conforme aux lois en vigueur. S’ils doivent être réattribués, que cela se fasse sur la base de l’intérêt général : soutien à l’économie locale, promotion de l’exploitation artisanale formelle, ou mise en place de partenariats équitables.

Un test pour la gouvernance minière en RDC

Au fond, ce dossier dépasse largement le cas KCC. Il illustre les tensions permanentes entre intérêts privés internationaux, acteurs étatiques fragilisés, et attentes d’une population trop souvent oubliée.

À l’heure où la RDC aspire à une meilleure gestion de ses ressources stratégiques, le sort de ces trois permis miniers est un test grandeur nature pour la volonté politique du gouvernement et la responsabilité des compagnies minières.

Le communiqué de KCC se voulait rassurant. Il pourrait bien marquer le début d’un débat plus large, et plus salutaire, sur la souveraineté minière et la justice économique au cœur du Katanga.

ITK

publicite-candidat

Liens Pertinents