
Jeudi, 13 novembre 2025-Dans une tribune libre publiée sous le titre provocateur « La limitation des mandats : une bêtise ? », l’ancien ministre et député national Steve Mbikayi relance un débat sensible au cœur de la vie politique congolaise : faut-il maintenir la limitation des mandats présidentiels en République démocratique du Congo ?
Pour l’auteur de la tribune, la limitation à deux mandats, inspirée des constitutions occidentales après les conférences nationales souveraines des années 1990, constitue aujourd’hui une aberration politique.
« Nos constitutions ont été un copier-coller de modèles occidentaux, notamment sur la limitation du nombre de mandats. Chassez le naturel, il revient au galop », écrit Steve Mbikayi, estimant que ce modèle importé ne correspond pas à la conception africaine du pouvoir.
S’appuyant sur plusieurs exemples récents, l’ancien ministre note que nombre de pays africains ont, au fil des ans, levé ce verrou constitutionnel.
L’Ouganda (2005), le Cameroun (2008), le Congo-Brazzaville (2015), le Burundi (2018), la Centrafrique (2023), le Togo (2024-2025) et la Côte d’Ivoire (depuis 2016) ont tous modifié leur Constitution pour permettre la continuité du leadership national.
Selon lui, la RDC fait figure d’exception dans la sous-région en maintenant la limitation à deux mandats, sans que cela n’ait apporté davantage de stabilité ni de progrès.
« La RDC s’est montrée moins stable que plusieurs de ses voisines. Cela ne lui a pas permis de se développer davantage. Bien au contraire », soutient-il.
Steve Mbikayi cite les exemples de la Chine et de Singapour, qui ont privilégié la continuité politique au détriment de la limitation du pouvoir.
« L’important n’est pas la durée du mandat, mais la qualité du pouvoir exercé, la responsabilité devant le peuple et la conscience des dirigeants », écrit-il, plaidant pour un passage du quinquennat au septennat en RDC et pour la suppression pure et simple de la limitation des mandats présidentiels.
Un plaidoyer pour la stabilité institutionnelle
Dans sa tribune, Steve Mbikayi affirme ne pas défendre un individu ou un régime en particulier, mais une vision de stabilité institutionnelle.
« Le véritable combat n’est pas celui des mandats, mais celui de la transparence électorale et du respect de la volonté populaire », précise-t-il, en invitant à redonner au peuple le plein pouvoir de « sanctionner ou reconduire un dirigeant » selon son jugement.
Allant plus loin, l’ancien ministre propose également de supprimer le concept d’« opposition » au profit de celui de « minorité politique ». Selon lui, majorité et minorité devraient participer ensemble à la gestion de l’État, au prorata de leurs poids politiques respectifs.
« Sous l’arbre à palabres africain, il n’y avait pas la majorité d’un côté et l’opposition de l’autre. Autour du Chef, les notables se retrouvaient pour trouver des solutions consensuelles », rappelle-t-il, en référence aux traditions africaines de gouvernance.
Une position qui divise
Cette tribune, qui remet en cause l’un des piliers du constitutionnalisme moderne suscite déjà de vives réactions sur les réseaux sociaux. Pour ses partisans, la proposition de Mbikayi pose un débat légitime sur l’efficacité du modèle actuel. Pour ses détracteurs, elle ouvre la voie à la dérive autoritaire et au recul démocratique.
Mais pour l’auteur, la conviction est claire : « Limiter le nombre de mandats peut paraître noble, mais là où l’État est encore à structurer, cette limitation devient une bêtise politique. Elle empêche au peuple de maintenir au pouvoir un Chef qui répond à ses aspirations. C’est antidémocratique. »
ITK



