
Jeudi, 15 janvier 2026-Dans une province de l’Ituri marquée par des conflits récurrents et fragilisée par la propagation rapide des rumeurs, chaque mot peut apaiser… ou enflammer. C’est dans ce contexte sensible qu’une vingtaine de journalistes et de leaders de la jeunesse, issus de la ville de Bunia et de la localité de Kasenyi, ont pris part à une formation intensive axée sur la lutte contre la désinformation et les fondamentaux de l’écriture journalistique.
Cette session de deux jours, organisée du 12 au 13 janvier 2026, a été initiée par la Section des communications stratégiques et de l’information publique de la MONUSCO.
« Devenir des relais de vérité »
La première journée a été consacrée à l’analyse des notions clés liées à la désinformation : ses causes, ses mécanismes, ses formes et surtout ses conséquences parfois dramatiques dans une région où les tensions communautaires peuvent se raviver en quelques heures.
À travers des échanges interactifs, des études de cas et des exercices pratiques, les participants ont renforcé leur capacité à identifier une fausse information, à en mesurer les risques et à adopter les bons réflexes avant toute diffusion.
Pour les jeunes leaders, cette formation intervient à un moment crucial.
« Je suis désormais outillé pour descendre sur le terrain et sensibiliser les jeunes, surtout dans une province qui traverse des situations compliquées où des cas de désinformation peuvent facilement soulever la population », a déclaré Joël Madhira, représentant du Conseil urbain de la jeunesse de Bunia.
Le Chef de bureau de la MONUSCO à Bunia, Josiah Obat, a pour sa part insisté sur l’importance de recourir à des sources fiables : « La MONUSCO est là pour protéger les civils. Lorsque vous êtes confrontés à des informations sensibles non vérifiées, nous sommes disponibles pour vous éclairer. Nous ne sommes pas une force d’occupation, mais une mission de paix, dont le rôle est d’aider à résoudre les problèmes et à ramener la stabilité. »
Lors de la session dédiée à l’écriture journalistique, les professionnels des médias, confrontés quotidiennement à la pression sécuritaire et à la prolifération de sources douteuses, ont salué la pertinence de cette initiative.
Pour Grace Birungi, journaliste à la radio CANDIP-Bunia : « Relayer une fausse information peut avoir des répercussions sécuritaires, économiques, sanitaires, et même détruire des vies. J’ai retenu qu’il faut absolument vérifier avant de partager. Beaucoup de jeunes disposent de smartphones, mais ignorent que ce qu’ils diffusent peut être nuisible. Après cette formation, je sais désormais quoi partager et quoi éviter. »
Du côté du média public, les enjeux sont tout aussi importants. Stéphane Maganza, journaliste à la Radiotélévision nationale congolaise (RTNC), souligne :
« Nous avons été outillés sur les bonnes pratiques de l’écriture journalistique, mais aussi sur la nécessité d’une vérification rigoureuse pour éviter de propager de fausses nouvelles. Le journaliste doit être vigilant, pour protéger la population, mais aussi se protéger lui-même. J’exhorte mes confrères à poursuivre la formation continue et à éviter de relayer des informations peu fiables. »
« Le micro est une arme »
Formateur lors de cette session, le responsable de l’information publique de la MONUSCO en Ituri, Jean-Tobie Okala, a rappelé la lourde responsabilité éthique qui accompagne la pratique journalistique :
« Le micro est une arme. Nous devons faire attention à ce que nous écrivons et diffusons, car cela peut créer des tensions ou provoquer des violences au sein des communautés. Cette formation vise justement à attirer l’attention des journalistes sur les dangers potentiels de leurs écrits. »
À l’ère des réseaux sociaux, devenus le principal terrain de diffusion des rumeurs et des contenus manipulés, la capacité à identifier rapidement une fausse information et à rétablir la vérité devient une exigence quotidienne pour les journalistes et les leaders communautaires.
La formation s’est clôturée dans une atmosphère mêlant motivation et sens des responsabilités. Les participants ont pris part à des exercices pratiques, réalisé une démonstration de journal radio en direct, exploré différents formats journalistiques et réaffirmé un engagement commun : devenir des acteurs de vérité et de paix au sein de leurs communautés.
Tous ont exprimé le souhait de voir ces formations se multiplier et s’étendre à davantage de radios communautaires et de jeunes, afin d’endiguer durablement la désinformation en Ituri.
À ce jour, près d’un millier de journalistes, d’étudiants et de membres de la société civile ont déjà été formés par la MONUSCO en Ituri dans le cadre de la lutte contre la désinformation. Cette session s’inscrit également dans un Projet à Impact Rapide (QIP) visant à doter plusieurs radios locales de panneaux solaires, afin de renforcer durablement leur capacité à diffuser une information fiable, y compris dans les zones enclavées.
Trésor KAMAVU



