
Samedi, 21 mars 2026-En RDC, le débat sur la limitation des mandats présidentiels s’impose au cœur de l’actualité. Pour certains, tout changement de la Constitution est dangereux, car il viserait à permettre à F. Tshisekedi de briguer un nouveau mandat. Pour d’autres, le président actuel n’a pas un mandat, il a une mission. Ces assertions résistent‑elles à la critique ?
La question mérite mieux que des postures militantes. Elle appelle une réflexion de fond : la limitation des mandats constitue‑t‑elle réellement une panacée pour la démocratie et le développement ?
En RDC, toute perspective de troisième mandat impliquerait donc nécessairement un changement de la Constitution, ce qui replace le débat à la fois sur un terrain juridique et politique.
La nuance s’impose. En Europe, le développement économique et industriel a souvent précédé la consolidation démocratique. La limitation des mandats est venue bien plus tard.
En Afrique, elle s’est généralisée dans les années 1990, dans le sillage des conférences nationales souveraines, davantage par mimétisme que par maturation interne.
Aux USA, George Washington établit une tradition en renonçant volontairement à un troisième mandat. Celle‑ci fut respectée jusqu’à Franklin Roosevelt, élu quatre fois dans un contexte exceptionnel de crise et de guerre, avant que le 22ᵉ amendement ne formalise la limitation en 1951.
En Russie, la réforme de 2020 a redéfini les règles du jeu autour de V. Poutine, lui permettant de rester au pouvoir jusqu’en 2036 ; en Chine, la suppression de la limitation des mandats sous Xi Jinping traduit un autre modèle de gouvernance, fondé sur la continuité du leadership et la recherche de stabilité, avec des résultats visibles en matière de croissance et de réduction de la pauvreté.
Même les États occidentaux, modèles souvent cités, ne se sont pas développés dans une démocratie aboutie ni dans le strict respect des droits humains dès l’origine. La limitation des mandats s’est généralisée à partir des années 1970-1990.
Nous avons choisi la démocratie, mais ne renonçons pas à notre droit d’adaptation.
Certains pays africains, tels que le Botswana ou l’Île Maurice, démontrent qu’une démocratie stable, accompagnée du respect effectif de l’alternance, peut favoriser un développement soutenu.
Ces exemples montrent qu’aucun dispositif institutionnel ne constitue une garantie absolue de la qualité de la gouvernance. Chaque pays tient compte de sa particularité.
Dans le contexte particulier de la RDC, marqué par des agressions répétées dans sa partie Est, il est possible de s’inspirer du cas de Franklin Roosevelt. Mais une telle situation ne saurait se décider sans l’avis du peuple.
L’histoire récente rappelle que le peuple demeure l’ultime garant. En 2000, en Côte d’Ivoire, face au général Robert Guéï, la mobilisation populaire permit la reconnaissance de la victoire de L. Gbagbo. Ce précédent souligne que la vitalité démocratique ne repose pas uniquement sur les textes, mais sur la capacité des citoyens à les faire vivre.
Ainsi, la limitation des mandats ne doit ni être sacralisée comme un dogme, ni écartée comme un obstacle. Elle s’inscrit dans un équilibre plus large, où la qualité de la gouvernance, le contexte du moment et la vigilance citoyenne demeurent déterminants.
Face aux fortes divergences au sein de la classe politique, une voie s’impose : redonner la parole au souverain primaire. Toute évolution majeure, notamment sur la limitation des mandats, gagnerait en légitimité à être tranchée par référendum.
Tout récemment, au Chili, les autorités ont soumis au peuple un projet de nouvelle Constitution. À deux reprises, celui‑ci l’a rejeté.
Car, en définitive, aucune architecture institutionnelle ne saurait se substituer à la volonté d’un peuple libre de choisir son destin. C’est dans cette capacité à trancher souverainement les questions essentielles que se mesure la maturité d’une démocratie.



