
Vendredi, 3 Avril 2026-Lors d’un briefing spécial tenu le 2 avril 2026 à la Radio-Télévision nationale congolaise, le gouverneur du Sud-Kivu, Jean-Jacques Purusi Sadiki, et le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya Katembwe, ont livré une lecture à la fois alarmante et déterminée de la situation sécuritaire et humanitaire dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Face à la presse, le gouverneur a dénoncé ce qu’il qualifie de stratégie planifiée par le Rwanda et les rebelles du M23, notamment dans la région de Minembwe.
Selon lui, il ne s’agit pas seulement d’affrontements armés, mais d’une guerre faite de manipulations, de déplacements forcés et de tentatives de désinformation visant à attribuer aux forces congolaises des exactions commises par les rebelles.
Il évoque une « tactique de déportation », illustrée par des violences ciblées contre les populations civiles et leurs moyens de subsistance.
Le constat est lourd. Plus de soixante fosses communes auraient été découvertes dans la province, certaines contenant des centaines de corps. Pour les autorités provinciales, ces éléments traduisent l’ampleur d’un drame humain encore difficile à mesurer, mais qui s’apparente déjà à des crimes de masse.
À cela s’ajoute une crise humanitaire d’une gravité extrême : environ 1,2 million de personnes déplacées à l’intérieur de la province et près de 800 000 réfugiés ayant trouvé asile en Tanzanie et au Burundi.
Malgré ce tableau sombre, les autorités tentent de projeter une image de résilience. Le gouverneur assure que les institutions provinciales restent opérationnelles à Uvira et que certaines activités socio-économiques reprennent progressivement. Il insiste également sur l’unité des forces de défense, où coexistent différentes communautés, affirmant que cette cohésion constitue un rempart contre les tentatives de division.
Sur le plan militaire, un discours d’optimisme est affiché. Jean-Jacques Purusi Sadiki évoque des avancées significatives sur le terrain et affirme que les territoires occupés seront bientôt récupérés. Toutefois, il prévient que la fin du conflit ne pourra être obtenue sans une pression accrue, à la fois diplomatique et militaire, sur les acteurs impliqués.
Dans cette dynamique, une commission tripartite impliquant la RDC et le Burundi doit être mise en place pour traiter notamment la question des réfugiés et de la sécurité régionale. Parallèlement, le gouverneur a annoncé des mesures fortes dans le secteur minier, avec la fermeture de nombreuses entreprises, soulignant que les ressources du Sud-Kivu constituent un enjeu stratégique majeur dans ce conflit.
Prenant la parole à son tour, Patrick Muyaya a appelé à la prudence dans l’interprétation des mouvements observés sur le terrain. Il a rappelé les récentes sanctions prises par les États-Unis contre des responsables rwandais, tout en soulignant que les informations faisant état d’un retrait des rebelles doivent être nuancées.
Selon lui, les premiers éléments indiquent davantage des repositionnements que des retraits effectifs. Au-delà des chiffres et des déclarations, ce briefing met en lumière une réalité complexe : celle d’un conflit où s’entremêlent enjeux sécuritaires, rivalités régionales et intérêts économiques. Entre dénonciation des crimes, appel à la mobilisation internationale et affirmation d’une volonté de reconquête, les autorités congolaises cherchent à maintenir un cap dans une crise dont l’issue reste incertaine.
ITK



