
Vendredi, 8 mai 2026-Depuis plusieurs semaines, le climat politique au Kongo Central est marqué par une série de démissions, de remaniements et de repositionnements stratégiques qui alimentent les inquiétudes de la population et suscitent de nombreuses interrogations au sein de l’opinion publique. Ces scènes, qualifiées par plusieurs observateurs de véritable théâtre politique, mettent en lumière une gouvernance provinciale secouée par des tensions internes, des accusations de mégestion et des calculs politiques de survie.
Le premier acte de cette séquence politique mouvementée a été la démission de Julien Zamuangana Mpanzu, ancien Directeur général de la Direction générale des recettes du Kongo Central (DGR/KC).
Selon plusieurs sources concordantes, cette démission ne serait pas intervenue de manière volontaire. L’ancien patron de la régie financière provinciale aurait été poussé à quitter ses fonctions alors qu’il faisait l’objet d’une interpellation à l’Assemblée provinciale concernant une gestion financière jugée catastrophique.
Des élus provinciaux affirment détenir des éléments compromettants susceptibles d’établir des responsabilités dans ce dossier. Pour certains analystes, cette démission précipitée visait surtout à éviter une audition publique qui aurait pu conduire à des révélations embarrassantes mettant en cause certaines hautes autorités provinciales.
Cependant, malgré ce départ, plusieurs observateurs estiment que la justice pourrait toujours se saisir du dossier, la démission ne pouvant constituer un obstacle à d’éventuelles poursuites judiciaires.
Dans la foulée, le gouverneur Grâce Nkuanga Masuangi Bilolo a procédé à un réaménagement technique de son gouvernement. Certains membres considérés, à tort ou à raison, comme des témoins gênants auraient été écartés puis remplacés par des personnalités réputées proches de l’autorité provinciale.
D’autres responsables provinciaux, également visés par des mécanismes de contrôle parlementaire, ont quant à eux été discrètement repositionnés dans des postes stratégiques afin d’échapper aux auditions prévues à l’Assemblée provinciale. C’est notamment le cas de l’ancien ministre provincial de la Santé, nommé directeur de cabinet du gouverneur.
Ces différentes décisions renforcent l’impression d’une gestion politique sous tension, marquée davantage par des stratégies de protection politique que par le fonctionnement normal des institutions provinciales.
Mais l’épisode qui a le plus choqué l’opinion reste sans doute la démission spectaculaire de deux députés provinciaux récemment nommés ministres.
Il s’agit de Joseph Nsalambi Ngabakita et Jean Kimboko Ndombasi, désignés le 28 avril dernier au sein du gouvernement Bilolo 3. Le premier avait hérité du portefeuille du Plan, Budget, Fonction publique, PT-NTIC et Numérique, tandis que le second était chargé de l’Éducation, de la Santé, des Affaires sociales, de la Communication et du porte-parolat du gouvernement provincial.
À peine une semaine après leur nomination, les deux hommes ont déposé leur démission le 5 mai 2026. Officiellement, ils évoquent des « convenances personnelles ». Une justification que plusieurs acteurs politiques et observateurs jugent peu crédible.
Selon diverses analyses, leur retour précipité à l’Assemblée provinciale viserait essentiellement à renforcer le camp des députés favorables au gouverneur Grâce Bilolo, actuellement sous pression judiciaire dans une affaire présumée de détournement de deniers publics.
Le Procureur général près la Cour de cassation a en effet adressé un nouveau réquisitoire à l’Assemblée provinciale sollicitant l’autorisation d’ouvrir une instruction judiciaire contre le chef de l’exécutif provincial pour des faits présumés de malversation financière.
Dans ce contexte, la démission des deux ministres apparaît, pour de nombreux observateurs, comme une manœuvre politique destinée à consolider une majorité parlementaire capable de protéger le gouverneur lors du vote attendu à l’Assemblée provinciale. Toutefois, cette stratégie pourrait également raviver les tensions au sein de l’hémicycle provincial.
Face à la sensibilité du dossier, le bureau de l’Assemblée provinciale a choisi de ne pas procéder immédiatement au vote sur le réquisitoire. Les députés ont plutôt opté pour la mise en place d’une commission spéciale et temporaire conformément à l’article 43 du règlement intérieur.
Cette commission, composée de représentants de tous les groupes parlementaires, du comité des sages ainsi que du président de la commission PAJ, comprend notamment les députés Mayiza, Moyo, Matoko, Kisilu, Mavungu, Landu et Atou Matubuana Nkuluki.
Sa mission consiste à examiner le dossier, auditionner si nécessaire le gouverneur ou un délégué du Procureur général près la Cour de cassation, puis présenter un rapport final.
Les travaux de cette commission sont prévus du vendredi 8 au samedi 9 mai 2026. Une réunion avec le bureau de l’Assemblée doit se tenir le lundi 11 mai afin de structurer son fonctionnement, avant la présentation du rapport final à la plénière le même jour.
C’est à l’issue de cette séance que les députés provinciaux pourraient se prononcer sur l’opportunité d’autoriser ou non les poursuites judiciaires contre Grâce Bilolo.
Dans l’opinion publique, cette affaire est suivie avec une attention particulière. Une grande partie de la population du Kongo Central appelle désormais les élus provinciaux à faire preuve de neutralité, de sagesse et de responsabilité face à ce dossier hautement sensible.
Pour plusieurs citoyens, l’Assemblée provinciale ne devrait pas devenir un simple espace de repositionnement politique ou de protection d’intérêts individuels, mais plutôt demeurer une institution au service de l’intérêt général, dans une province déjà confrontée à de nombreuses difficultés, notamment les accusations récurrentes de détournement des finances publiques.
Dans un contexte de méfiance grandissante, nombreux sont ceux qui attendent désormais des institutions provinciales qu’elles privilégient la transparence, le respect des textes et la défense des intérêts de la communauté plutôt que les calculs politiques de circonstance.
Dieudonné MUAKA DIMBI



