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RDC : L’importance du chemin de fer de Lobito pour l’acheminement des minerais du Copperbelt et du lithium du Katanga (Tribune) ! 

Vendredi, 18 septembre 2026-Le chemin de fer du corridor de Lobito constitue une voie stratégique majeure reliant la grande région du Copperbelt, qui s’étend de la Zambie au Grand-Katanga en République démocratique du Congo (RDC), au port angolais de Lobito, sur l’océan Atlantique.

Cette voie ferrée, autrefois appelée chemin de fer de Benguela, a toujours joué un rôle important depuis l’époque coloniale, puis durant la période glorieuse du Zaïre, notamment à l’époque où la Gécamines constituait l’un des fleurons de l’industrie minière du pays.

Le chemin de fer de Benguela-Lobito a cependant été mis à l’arrêt à la suite de la guerre qui a ravagé l’Angola après son accession à l’indépendance en 1975. Cette guerre s’inscrivait dans le contexte des rivalités de la guerre froide entre le bloc occidental et le bloc soviétique, ainsi que dans celui de la politique d’apartheid qui dominait alors en Afrique australe. Les affrontements idéologiques et les intérêts économiques et géopolitiques des différentes puissances ont contribué à alimenter le conflit entre les mouvements angolais, notamment l’UNITA et le MPLA.

Pendant plusieurs décennies, cette guerre a eu de lourdes conséquences économiques sur l’économie du Katanga, son industrie minière et son commerce. La fermeture de la voie de Lobito au trafic ferroviaire a notamment entraîné l’arrêt des activités de certaines entreprises du Katanga, confrontées à des coûts élevés d’acheminement et de transit.

Les entreprises les plus robustes ont dû réorienter leurs exportations vers les corridors routiers et ferroviaires d’Afrique australe et d’Afrique de l’Est. Plusieurs sociétés minières ont été durement touchées par cette situation. On peut notamment citer la Société minière de Kisenge-Manganèse (SMKM) et certaines activités liées à l’étain de Manono et de Malemba-Nkulu, qui ont connu de graves difficultés, voire des arrêts d’activités, en raison notamment de la mévente de leurs produits sur les marchés mondiaux.

Un corridor présentant des avantages comparatifs importants

L’importance historique du corridor de Benguela-Lobito réside notamment dans la réduction de la distance et du temps d’acheminement des produits miniers.

Son tracé, plus direct, permet de relier les zones minières du Copperbelt et du Grand-Katanga au port de Lobito sur une distance d’environ 1 300 kilomètres, avec un délai d’acheminement pouvant être considérablement inférieur à celui observé sur certains autres corridors.

À titre de comparaison, les itinéraires passant par les ports de Durban et d’East London en Afrique du Sud, de Beira au Mozambique ou de Dar es-Salaam en Tanzanie peuvent représenter des distances sensiblement plus importantes, parfois de l’ordre de 2 500 à 3 000 kilomètres selon les points de départ et les itinéraires concernés. Les délais d’acheminement peuvent également être beaucoup plus longs, notamment en fonction des conditions logistiques, douanières et portuaires.

Historiquement, la voie de Benguela-Lobito présentait ainsi des avantages économiques importants grâce à des distances plus courtes, à des délais d’acheminement réduits et à une diminution potentielle des coûts logistiques liés à l’exportation et à l’importation.

Ces avantages ont une incidence directe sur les coûts d’exploitation et, par conséquent, sur les résultats financiers des entreprises minières du Katanga.

Comme par le passé, un corridor ferroviaire performant peut également contribuer à réduire les formalités administratives et les opérations de transit aux frontières des pays concernés, tout en améliorant la traçabilité et la sécurité des cargaisons de minerais pendant leur acheminement vers les marchés internationaux.

Le report du fret routier vers le rail

Par rapport au transport exclusivement routier, le corridor de Lobito offre également des possibilités importantes d’optimisation logistique et financière.

Le recours accru au transport ferroviaire peut réduire les besoins en liquidités mobilisées pour les dépenses liées au carburant, à l’entretien et aux opérations de transit des poids lourds. Il peut également contribuer à améliorer la prévisibilité des coûts et des délais d’acheminement.

Le développement du rail permettrait par ailleurs de réduire la pression exercée sur les infrastructures routières grâce au report d’une partie du fret des camions vers le chemin de fer.

Cette évolution pourrait contribuer à diminuer la congestion routière ainsi que les risques d’accidents, particulièrement au niveau des principaux postes et corridors frontaliers, notamment entre la Zambie et la Tanzanie, autour de Tunduma et Nakonde, ainsi qu’au niveau de Kasumbalesa, entre la RDC et la Zambie.

Le corridor de Lobito constitue aujourd’hui un enjeu géopolitique et économique majeur en raison de son rôle potentiel dans l’acheminement des minerais stratégiques.

Il peut notamment faciliter l’exportation du cuivre, du cobalt, de l’étain, de la cassitérite, du manganèse et du lithium provenant des zones minières de la RDC et de la région du Copperbelt.

Le lithium occupe une place particulière dans cette nouvelle dynamique en raison de son importance pour les technologies liées à la transition énergétique, notamment les batteries destinées aux véhicules électriques et le stockage de l’énergie.

Les ressources de lithium de la région de Manono et de Malemba-Nkulu, dans le Grand-Katanga, renforcent ainsi l’intérêt stratégique porté à cette partie de la RDC.

Le corridor de Lobito offre une alternative aux chaînes logistiques existantes et pourrait contribuer au développement économique intégré de la région du Copperbelt, du cobalt et du lithium.

Lobito dans la compétition mondiale pour les minerais critiques

Le corridor de Lobito s’impose progressivement comme un projet phare dans la compétition internationale autour des minerais critiques.

Les grandes puissances économiques cherchent à sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement en cuivre, cobalt, lithium et autres minerais nécessaires aux industries modernes et à la transition énergétique.

Cette situation intervient dans un contexte où les entreprises chinoises occupent une place importante dans l’exploitation, la transformation et la commercialisation de plusieurs minerais de la RDC.

Une partie importante des productions minières du Katanga est actuellement acheminée vers l’océan Indien, notamment à travers des corridors combinant transport routier et ferroviaire en direction du port de Dar es-Salaam.

La ligne TAZARA, reliant la Tanzanie à la Zambie, constitue à cet égard une infrastructure ferroviaire historique importante entre Kapiri Mposhi, en Zambie, et Dar es-Salaam, en Tanzanie.

Pour le lithium de Manono et des zones environnantes, d’autres itinéraires logistiques sont également envisagés ou développés afin de faciliter l’évacuation des minerais vers les ports de la région des Grands Lacs et de l’océan Indien.

Cette concurrence entre différents corridors traduit une réalité nouvelle : le contrôle et la maîtrise des infrastructures de transport deviennent eux-mêmes des instruments essentiels de la compétitivité minière et de la sécurisation des chaînes d’approvisionnement.

La question des intérêts chinois et occidentaux

Il convient également d’observer la place importante prise par la Chine dans les infrastructures, les investissements et les chaînes d’approvisionnement minières de la région.

La Chine dispose depuis plusieurs années d’une présence significative dans le secteur minier congolais et cherche à préserver ses intérêts économiques ainsi que la sécurité de ses approvisionnements en minerais stratégiques.

Dans le même temps, les États-Unis, l’Union européenne et d’autres partenaires occidentaux manifestent un intérêt croissant pour le corridor de Lobito et, plus largement, pour la sécurisation des chaînes d’approvisionnement en minerais critiques.

Le développement de ce corridor doit donc être analysé non seulement sous l’angle du transport et de la logistique, mais également sous celui de la géopolitique, de la compétitivité industrielle, de la sécurité des approvisionnements et du développement économique régional.

Une analyse financière historique pour mieux comprendre les enjeux actuels

Une analyse financière comparative des entreprises minières du Katanga avant et après la fermeture du corridor de Benguela-Lobito pourrait permettre de mieux comprendre l’impact économique de cette infrastructure.

L’étude des différents postes du bilan et des coûts logistiques — transport, transit, carburant, manutention, stockage, assurances, délais d’immobilisation des marchandises et frais portuaires — permettrait de mesurer concrètement l’incidence de la fermeture de cette voie sur la compétitivité des entreprises minières.

Une telle analyse historique pourrait également éclairer les enjeux géostratégiques actuels autour des différentes ceintures minières du Copperbelt, du cuivre et du cobalt du Katanga, ainsi que des gisements de lithium de Manono et de Malemba-Nkulu.

Au regard de l’évolution actuelle du marché mondial des minerais critiques, le corridor de Lobito apparaît ainsi comme une infrastructure dont les enjeux dépassent largement la seule question du transport.

Il constitue un instrument potentiel d’intégration économique régionale, de réduction des coûts logistiques, de développement des échanges et de diversification des voies d’exportation des minerais de la RDC et de la Zambie.

La véritable question stratégique sera donc de savoir dans quelle mesure les pays de la région pourront transformer cet avantage infrastructurel en un levier durable de développement industriel, de création de valeur locale et de compétitivité internationale.

Pico Mwepu Kanyanta-Bilonda

Expert en Management Public et en Économie des Transports

 

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