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Gouvernement d’union nationale, insécurité dans l’Est de la RDC, contradiction avec Fatshi….voici l’intégralité de la première sortie médiatique de Jean-Marc Kabund après avoir quitté la prison (Interview) !

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Jeudi, 27 février 2025-Libéré à la surprise générale le 21 février dernier en RDC, l’ancien président intérimaire de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS, parti du chef de l’État congolais Félix Tshisekedi) se Livre à Jeune Afrique. Sa première prise de parole depuis sa sortie de prison.

Incarcéré depuis août 2022, Jean-Marc Kabund avait été condamné à sept ans de réclusion après avoir été reconnu coupable «d’outrage au chef de l’État et de «propagation de faux bruits ». Il a été libéré de prison ce 21 janvier, à la surprise générale, sans que l’on sache s’il a bénéficié ou non d’une grâce présidentielle de la part de Félix Tshisekedi.

L’ancien président intérimaire de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS, parti du chef de l’État) a retrouvé, depuis, sa famille et ses proches, en même temps que la liberté. Il renoue, aussi, avec la vie politique, dans un paysage bouleversé par l’offensive du M23 et de ses alliés rwandais dans l’est de la RDC, et assure désormais porter un projet de rupture pour un Congo nouveau.

Jean-Marc Kabund accorde à Jeune Afrique sa première prise de parole, dans une interview menée par notre journaliste Stanis Bujakera Tshiamala. Ce dernier, lui-même emprisonné – abusivement – pendant près de sept mois pour «propagation de faux bruits », avait partagé la même cellule à la prison de Makala, à Kinshasa, que l’opposant d’aujourd’hui.

Jeune Afrique: Comment vous sentez-vous après votre libération?

Jean-Marc Kabund: Ma libération suscite en moi un mélange de sentiments contradictoires. D’une part, une joie profonde de retrouver ma famille, mes proches et tous ceux qui se sont mobilisés durant ces deux années et demie et douze jours de détention arbitraire à Makala. D’autre part, une amertume immense: après avoir consacré ma jeunesse au combat démocratique aux côtés de feu Étienne Tshisekedi au sein de l’UDPS, je constate avec tristesse que le pouvoir issu de nos luttes persécute désormais ceux qui, comme moi, osent exprimer des divergences politiques. Ce régime, pourtant fruit d’un combat contre trente-sept ans d’autoritarisme, reproduit les mêmes travers que ses prédécesseurs.

Quelles ont été vos conditions de détention à la prison de Makala?

La RDC traverse une crise carcérale sans précédent. Les prisons sont de véritables mouroirs. Personnellement, j’ai été placé au pavillon 8, dit «VIP», où douze détenus partageaient une cellule de 30 m². Malgré ce statut prétendument privilégié, les conditions restaient indignes: 200 personnes entassées sur 250 m², quatre sanitaires hors d’usage et aucune eau courante. Survivre dans cet environnement relève de l’exploit.

Racontez-nous les conditions de vie à Makala.

Makala incarne l’enfer sur terre. Dans les pavillons ordinaires, d’une superficie similaire au nôtre, s’entassent jusqu’à 1000 détenus dormant à même le sol sous une chaleur étouffante. La nourriture est rare et infectée. Une mafia institutionnalisée impose aux nouveaux arrivants des <<< frais >>> exorbitants (1 000 à 2 500 dollars pour le pavillon 8, 100 à 250 dollars ailleurs), sous peine de torture. Pire encore: des milliers de condamnés, souvent pour des délits mineurs, croupissent indéfiniment faute de payer 30 dollars pour acheminer leurs réquisitions. La mortalité y est effroyable: dix à trente décès quotidiens entre 2023 et 2024.

Comment avez-vous vécu la tentative d’évasion meurtrière de septembre?

Cette nuit du 1 septembre reste gravée dans ma mémoire. La surpopulation (22 000 détenus pour 1 500 places) et les promesses de libération conditionnelle non tenues ont provoqué une révolte sanglante. Les pavillons ont été pris d’assaut et les forces de sécurité, inertes pendant des heures, ont finalement tiré à bout portant sur la foule depuis les miradors. Bilan officiel: 129 morts. Réalité: près de 2000 victimes, dont 400 femmes violées dans le pavillon 9.

J’ai survécu grâce à la solidarité de codétenus qui m’ont caché dans une pièce blindée. Ce carnage illustre l’incompétence criminelle d’un État qui massacre ses propres citoyens. Les dénonciations pertinentes – que vous avez faites après votre libération avaient brièvement fait naître l’espoir d’une amélioration. Hélas, après l’évasion ratée, le régime a tout fait pour étouffer le scandale. Aujourd’hui, Makala est retombé dans l’oubli. Les promesses de réforme sont lettre morte et les pratiques mafieuses perdurent.

D’autres opposants, comme Mike Mukebayi et Seth Kikuni, continuent de croupir en prison. Comment vivent-ils leur détention et dans quelles conditions?

Mike Mukebayi, Seth Kikuni ou encore Jacky Ndala symbolisent l’intolérance brutale du régime Tshisekedi. Leur seul <<crime >>> est d’avoir dénoncé la mauvaise gouvernance d’un pouvoir sourd aux souffrances populaires. Leur incarcération arbitraire, dans des conditions inhumaines, aggrave la crise politique. Leur libération immédiate et sans condition est indispensable pour amorcer un dialogue national. La cohésion du Congo exige cette décrispation.

Vous aviez été condamné à sept ans de prison en 2022. Comment expliquer votre libération?

Mon procès fut une parodie judiciaire. Malgré mon immunité parlementaire – violée sans scrupules-, j’ai été emprisonné illégalement pendant douze mois avant même mon jugement. La Cour de cassation, instrumentalisée, a organisé des audiences in camera [huis clos] à Makala pour étouffer les protestations. Ma condamnation à sept ans, cumulant abusivement des peines pour un seul acte – la tenue d’une conférence de presse! -, bafoue les principes juridiques les plus élémentaires. Ma libération après trente mois résulte non d’une grâce, mais de la pression nationale et internationale face à cette mascarade.

Avez-vous bénéficié de la grâce présidentielle ou d’une remise de votre premier jugement?

J’avais refusé toute collaboration avec une justice aux ordres. Mon message aux autorités fut clair: «Vous m’avez illégalement enfermé, vous me libérerez sans conditions ». Cette libération ne répare pas l’injustice : elle la révèle.

Lors de votre arrestation, Félix Tshisekedi n’en était qu’à son premier mandat. Le voilà désormais au cœur du deuxième et dernier, sauf modification de la constitution. Quel regard portez-vous sur la dernière présidentielle, que vous avez suivie depuis la prison?

Cette élection a institutionnalisé la fraude. Le scrutin, marqué par des irrégularités massives (bourrage d’urnes, exclusion d’opposants, opacité du fichier électoral) a consacré une régression démocratique. J’avais alerté sur cette mascarade dès 2022. Le régime avait déjà choisi la répression plutôt que le dialogue.

Vous aviez dit que Tshisekedi était une malédiction pour le Congo. Maintenez-vous cette affirmation?

Le bilan est sans appel. Sous son mandat, le pays sombre dans la violence, avec l’Est en proie à la guerre, l’appauvrissement – 80% de la population sous le seuil de pauvreté et l’autoritarisme. Ces échecs ne sont pas un hasard, ils découlent d’une gestion clientéliste et d’un mépris total pour l’État de droit.

Comment vous positionnez-vous par rapport au débat sur une révision ou un changement de la constitution?

Une révision constitutionnelle ponctuelle pourrait être légitime si elle répondait à l’intérêt général. En revanche, la manœuvre visant à modifier la loi fondamentale pour permettre un troisième mandat, voire plus, relève d’un coup d’État constitutionnel.

Ce projet, contraire à l’esprit des combats démocratiques menés par feu Étienne Tshisekedi, insulte la mémoire des martyrs de la démocratie. Pis encore, il aggrave les fractures sociales et sécuritaires, comme en témoignent les discours belliqueux de ses promoteurs. C’est une telle tentative de hold-up institutionnel qui a précipité le Congo dans le chaos actuel.

Maintenez-vous toujours vos accusations selon lesquelles Tshisekedi voudrait demeurer au pouvoir au-delà de 2028?

Les tentatives avortées de changement constitutionnel en sont la preuve irréfutable. Ce régime, obsédé par la pérennisation autoritaire, instrumentalise les institutions pour servir les ambitions d’un clan, non la nation.

Regrettez-vous vos dénonciations, à la base de votre arrestation?

Mon « crime» fut d’avoir exercé mon devoir de citoyen.

Je ne regrette aucun de mes engagements. Mon <<crime >>> fut d’avoir exercé mon devoir de citoyen: dénoncer les dérives antidémocratiques et appeler à un sursaut patriotique. Si je devais réitérer cet acte, je le ferai sans hésitation. La vérité ne se négocie pas.

Nourrissez-vous des regrets de ne plus faire partie de l’UDPS? Seriez-vous prêt à réintégrer le parti ?

L’UDPS, sous Félix Tshisekedi, est devenue l’ombre d’elle-même. Ce parti, autrefois fer de lance de la démocratie, s’est transformé en machine clientéliste, vidé de sa substance idéologique. Comment regretter d’avoir quitté un mouvement dénaturé, aujourd’hui objet de dynamique et ancrée dans les valeurs de probité que l’UDPS a trahies. Aucun retour n’est envisageable.

Comment expliquer la cacophonie actuelle au sein de l’UDPS?

L’implosion est le fruit d’un double échec un détournement dynastique de sa direction par la famille Tshisekedi et une gouvernance calamiteuse qui a discrédité jusqu’à son héritage militant. Ce parti, jadis porteur d’espérance, incarne à présent l’échec d’une transition démocratique confisquée.

Comment vous situez-vous aujourd’hui ? Seriez-vous prêt à collaborer avec la majorité présidentielle ?

Mon combat ne vise pas des individus, mais un système fondé sur les anti-valeurs: corruption, mensonge institutionnalisé et populisme destructeur. Collaborer avec un pouvoir qui incarne la médiocrité systémique et plonge le Congo dans une crise multidimensionnelle relèverait de la complicité. C’est impossible, tant que ce régime perpétuera la gabegie et le mépris du peuple.

Une alliance avec Tshisekedi est donc impossible ?

Cette hypothèse relève désormais du passé. Les divergences sont insurmontables. D’un côté, un pouvoir clientéliste et incompétent. De l’autre, un projet de refondation nationale exigeant intégrité et rupture radicale.

La situation s’est beaucoup détériorée dans l’est du pays. Quelle est la voie de sortie selon vous?

De prime abord, je tiens à exprimer ma compassion envers les populations de la partie orientale de notre pays, qui sont victimes de la barbarie humaine. Cette situation entraîne des pertes en vies humaines, la destruction du tissu socio-économique et le déplacement de millions de personnes, qui se retrouvent réfugiées dans leur propre pays, avec des conséquences humanitaires graves. Je salue également la mémoire de nos vaillants soldats, tombés sur le champ d’honneur pour défendre la patrie contre l’ennemi. Il ne fait aucun doute que la guerre menée par le M23 est bel et bien l’œuvre du Rwanda.

Cet acte constitue indéniablement une agression, proscrite par la Charte des Nations unies, que toutes les nations du monde civilisé doivent condamner et pour laquelle elles doivent œuvrer afin de stopper la violation de l’intégrité territoriale de la RDC par son voisin. Je me suis déjà exprimé à plusieurs reprises sur cette question, ce qui m’a même coûté l’incarcération. Toutefois, il est impératif de continuer d’en parler, car nous n’avons que ce beau pays, dont l’intégrité territoriale est non négociable, et nous souhaitons le léguer aux générations futures.

Le problème est donc aussi congolais?

Le Rwanda est actuellement responsable de l’insécurité dans l’Est, mais il convient de reconnaître que cette situation est facilitée par l’irresponsabilité de la classe politique congolaise dans son ensemble, et particulièrement par tous les régimes qui se sont succédé depuis 1960. Cette classe politique est composée d’individus sans scrupules et irresponsables, qui privilégient leurs intérêts personnels au détriment du pays et de l’ensemble de la population. Malheureusement, Félix Tshisekedi, en tant que président, n’est ni l’homme de la situation, ni capable de renverser la tendance pour provoquer une rupture avec l’ancien système, qui doit impérativement passer par la refondation de l’État.

Quelles seraient vos solutions?

La communauté internationale doit condamner le Rwanda et l’exhorter à quitter le territoire congolais.

Vous comprendrez qu’il y a une absence totale d’État, ce qui est extrêmement dangereux pour notre pays. Pour des raisons existentielles, la RDC doit se doter d’une armée forte, disciplinée et dissuasive, d’une police républicaine, de services de sécurité professionnels et capables d’anticiper, d’une justice indépendante, garante de la stabilité sociale et de la cohésion nationale, ainsi que d’une administration solide et d’une diplomatie de puissance et d’action.

Ces six instruments de puissance contribueront à la construction d’un État dans sa dimension métaphysique et empêcheront que les anti-valeurs ne deviennent partie intégrante de sa gestion. C’est à cette condition que notre pays pourra se protéger des velléités hégémoniques et expansionnistes de certains États voisins belliqueux. À court terme, la communauté internationale doit condamner le Rwanda et l’exhorter à quitter le territoire congolais.

Faut-il dialoguer avec le M23?

La solution passe par un dialogue direct entre Félix Tshisekedi et Paul Kagame dans le cadre du processus de Luanda, ce qui nous permettra d’obtenir un cessez-le-feu sur le terrain, afin de reprendre les activités humanitaires dans toute la partie est du pays et de soulager, ne serait-ce qu’un peu, les populations tant meurtries par la guerre. Ce n’est qu’à cette condition qu’un dialogue politique interne et inclusif entre les acteurs socio-politiques, y compris avec le M23, débarrassé de l’armée rwandaise, pourra aboutir aux résultats escomptés.

Quelles sont aujourd’hui vos relations avec d’autres acteurs principaux de la politique congolaise, comme Vital Kamerhe, Martin Fayulu, Moïse Katumbi ?

Aucun conflit personnel. L’urgence nationale exige l’unité dans la diversité, à condition que ces figures s’alignent sur un programme commun: sauver le Congo, pas leurs carrières.

Êtes-vous d’accord avec Joseph Kabila lorsqu’il qualifie Félix Tshisekedi de tyran?

Que voulez-vous qu’un président de la République honoraire – qui a quitté le pouvoir de manière démocratique et qui se retrouve en exil, ostracisé – et qu’un ancien premier vice-président de l’Assemblée nationale et ex-président du parti au pouvoir incarcéré et condamné injustement à sept ans de prison puissent vous dire d’autre ?

Croyez-vous aux accusations de Félix Tshisekedi, qui assure que Joseph Kabila est l’homme derrière le M23?

Partant du constat que Félix Tshisekedi accuse tout le monde sans assumer la moindre responsabilité en retour, et étant donné qu’aucune preuve n’a été fournie pour étayer ces accusations extrêmement graves, il m’est difficile d’émettre un quelconque jugement à ce sujet.

Quid de la main tendue du président, qui veut créer une large coalition nationale en vue de faire face à l’agression avec possibilité, dit-il, de composer un gouvernement d’union nationale?

Je crois que tout Congolais épris de paix et de justice a le devoir de faire échec à l’agression dont la RDC est victime actuellement. Malheureusement, le pouvoir crée une manœuvre de diversion. Comment croire en une «union nationale » pilotée par un pouvoir qui emprisonne ceux qui le critiquent, viole les lois et méprise les institutions ? Je refuse de cautionner une instrumentalisation politique de la crise sécuritaire, donc je ne suis ni demandeur ni preneur.

Après votre sortie de prison, croyez-vous avoir remporté une victoire contre le pouvoir ?

Ma libération symbolise la résilience de la vérité face à l’arbitraire. Victoire? Oui, mais pas personnelle. C’est celle de la démocratie contre la tyrannie, de la vérité sur les mensonges et de la lumière sur les ténèbres. Mon avenir se confond avec celui du Congo. Je servirai la nation jusqu’à ce qu’elle retrouve sa dignité, quel qu’en soit le prix.

Serez-vous candidat à la présidence de la République lors de la prochaine élection ?

Mon engagement est guidé par un projet de société ambitieux pour le Congo. Le moment venu, je solliciterai les suffrages populaires afin d’incarner cette rupture. La magistrature suprême n’est pas un trophée, mais un outil au service de la refondation nationale.

 

Article tiré de Jeune Afrique, le titre est d’OKAPINEWS.NET

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