
Lundi, 25 mai 2026-La séance plénière du Sénat consacrée à la question orale avec débat adressée au ministre des Finances a pris une tournure particulièrement politique avec l’intervention du Sénateur Vunabandi Kanyamihigo Célestin.
Face aux membres du gouvernement et aux sénateurs réunis dans l’hémicycle, l’élu a longuement développé ses préoccupations autour de deux dossiers qu’il considère comme majeurs pour la gouvernance du pays : la gestion des biens zaïrianisés et les engagements financiers de l’État envers les provinces.
Pendant plusieurs minutes, le sénateur a alterné observations techniques, rappels constitutionnels et critiques à peine voilées contre ce qu’il estime être une centralisation persistante des ressources publiques.
Une intervention au ton mesuré, mais politiquement chargée
D’entrée de jeu, Vunabandi Kanyamihigo Célestin a reconnu les difficultés auxquelles fait face le ministère des Finances dans un contexte marqué par les dépenses sécuritaires, les urgences sociales et les contraintes budgétaires.
Il a même salué les réponses fournies par le ministre, estimant que la gestion des finances publiques dans la situation actuelle de la RDC relevait d’un exercice particulièrement complexe.
Mais progressivement, le ton du sénateur s’est fait plus incisif.
Derrière les formules diplomatiques, l’intervention s’est transformée en un véritable plaidoyer pour une application plus rigoureuse des principes de décentralisation consacrés par la Constitution.
Biens zaïrianisés : le Sénat réclame davantage de transparence
Sur le dossier des biens zaïrianisés, le parlementaire a reconnu certaines avancées du gouvernement, notamment l’existence d’une stratégie nationale de recouvrement des créances liées à ces patrimoines récupérés par l’État.
Toutefois, plusieurs inquiétudes persistent, selon lui.
Le sénateur a notamment déploré le manque de visibilité sur les recettes générées par la gestion ou la réattribution de ces biens. Il s’est interrogé sur leur traçabilité dans les lois de finances et sur les mécanismes utilisés pour sélectionner les nouveaux bénéficiaires après déchéance des anciens acquéreurs.
Pour lui, la gestion de ce dossier nécessite davantage de transparence et de contrôle public.
Dans cette perspective, Vunabandi Kanyamihigo Célestin a plaidé pour : un audit global des biens zaïrianisés ; des procédures publiques d’adjudication ; un mécanisme de suivi des nouveaux acquéreurs ; ainsi qu’une stricte conformité des opérations financières avec les règles de gestion publique.
« Les provinces ne peuvent pas survivre uniquement sur papier »
C’est cependant la question des finances provinciales qui a constitué le cœur de son intervention.
S’appuyant sur l’article 175 de la Constitution, le sénateur a rappelé que les 40 % des recettes nationales destinés aux provinces constituent un droit constitutionnel et non une faveur accordée par le gouvernement central.
Selon lui, les difficultés persistantes des provinces traduisent un dysfonctionnement profond dans l’application de la décentralisation.
Dans un langage particulièrement direct, il a dénoncé une forme de recentralisation financière qui, selon lui, empêche les provinces de fonctionner normalement.
« La décentralisation devient théorique lorsque les provinces n’ont pas les moyens d’agir », a-t-il lancé devant les sénateurs.
Le parlementaire est allé plus loin en évoquant une « inconstitutionnalité par abstention », estimant que l’absence d’application effective des mécanismes prévus par la Constitution constitue une entorse grave au fonctionnement normal de l’État.
Un contraste entre l’augmentation du budget national et la pauvreté des provinces
Au cours de son intervention, Vunabandi Kanyamihigo Célestin a également mis en avant ce qu’il considère comme une contradiction majeure.
Alors que le budget national a connu une forte progression ces dernières années, passant d’environ 4 milliards à près de 16 milliards de dollars, plusieurs provinces continuent, selon lui, à fonctionner dans une situation de quasi-asphyxie financière.
Le sénateur a cité plusieurs conséquences directes : des administrations provinciales paralysées ; des projets d’investissement abandonnés ; des infrastructures locales dégradées ; des retards de paiement pour les élus provinciaux ; et une aggravation des disparités entre les territoires.
Il a particulièrement insisté sur la situation des assemblées provinciales dont certains membres restent, selon lui, privés d’émoluments pendant de longues périodes.
L’Est du pays au centre des préoccupations
L’intervention a également pris une dimension humaine lorsque le sénateur a évoqué la situation des élus provinciaux du Nord-Kivu et du Sud-Kivu affectés par la guerre.
Il a rappelé que plusieurs députés provinciaux vivent aujourd’hui déplacés à Beni ou à Uvira, dans des conditions difficiles, loin de leurs circonscriptions respectives.
Le sénateur a demandé au gouvernement de concrétiser les engagements d’assistance annoncés en faveur de ces élus touchés par le conflit.
Des réformes proposées pour rééquilibrer les rapports entre Kinshasa et les provinces
Pour corriger les déséquilibres dénoncés, Vunabandi Kanyamihigo Célestin a formulé plusieurs propositions destinées à réorganiser les relations financières entre le pouvoir central et les provinces.
Parmi les mesures évoquées figurent : l’automatisation des rétrocessions ; la sécurisation des quotes-parts provinciales ; l’opérationnalisation de la Caisse nationale de péréquation ; la régularisation des arriérés dus aux provinces ; ainsi qu’un cadre permanent de concertation entre le ministère des Finances et les exécutifs provinciaux.
Au-delà des chiffres et des mécanismes budgétaires, cette intervention remet surtout en lumière une question récurrente dans le débat institutionnel congolais : celle de l’effectivité réelle de la décentralisation.
Pour le sénateur, le développement équilibré du pays ne pourra être atteint sans provinces fortes, stables et financièrement autonomes.
ITK



