
Lundi , 6 avril 2026-Au Cameroun, le Parlement vient d’adopter le projet de loi créant le poste de vice-président. Pour beaucoup, ce geste marque le prélude à une transition inavouée. Affaibli par le poids des années, Paul Biya (92 ans) préparerait la relève. Certains lui prêtent l’intention de confier le flambeau à son fils. L’opposition, fidèle à son rôle, dénonce un coup d’État institutionnel.
Ce nouvel épisode illustre un mal plus profond qui mine nos systèmes politiques africains. Depuis des décennies, nos constitutions sont des copies conformes de modèles occidentaux, plaquées sur des réalités locales qu’elles ne comprennent pas.
En Afrique, l’instinct politique dominant demeure celui de s’ éterniser au pouvoir : ceux qui gouvernent se battent pour y rester, par tous les moyens tandis que ceux qui s’y opposent rêvent d’y accéder pour ne plus le quitter. Résultat : affrontements permanents, crises électorales récurrentes, et peuples épuisés. Il est temps de réfléchir et de bâtir nos propres institutions.
Nos sociétés traditionnelles n’opposaient pas gouvernants et opposants. Sous l’arbre à palabres, chacun pouvait s’exprimer. Le chef, entouré de ses notables, cherchait le consensus plutôt que la confrontation. Nous devons puiser dans cet héritage.
Dans nos constitutions modernes, bannissons les notions de majorité et d’opposition qui encouragent la division et l’exclusion. Parlons plutôt de forces politiques dominantes et de forces complémentaires.
Toutes devraient participer à la gestion des affaires publiques, au prorata de leur poids électoral. Ainsi, personne ne serait totalement exclu du processus décisionnel, et le jeu politique cesserait d’être une guerre d’élimination.
Montesquieu écrivait dans L’Esprit des lois : « Les lois doivent être faites sur mesure pour chaque peuple. » Cette maxime vaut encore plus pour nos sociétés africaines. Elle nous oblige à repenser nos institutions, non comme des transplants, mais comme des créations enracinées dans nos cultures, nos réalités et nos aspirations.
La démocratie ne doit pas être importée ; elle doit être pensée, conçue et consolidée selon nos propres repères. Mettons donc fin aux copiés-collés qui nous éloignent de nous-mêmes. Inventons enfin un modèle africain, fait à notre image, pour notre propre avenir.



