
Mardi, 13 mai 2025-Le gouvernement congolais a saisi le parquet général près la Cour constitutionnelle afin d’obtenir la dissolution du Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie (PPRD), formation politique de l’ancien président Joseph Kabila. Cette démarche, initiée par le Vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur et de la Sécurité, Jacquemain Shabani, remonte au 24 avril dernier.
Dans sa requête, le VPM invoque des faits graves mettant en cause le PPRD dans une présumée collusion avec le mouvement rebelle M23/AFC, responsable de l’occupation de plusieurs zones dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dont les villes stratégiques de Goma et Bukavu.
Jacquemain Shabani cite notamment la présence d’anciens cadres du PPRD dans les rangs de la rébellion, ainsi que les déclarations publiques de Joseph Kabila dans une interview accordée au journal sud-africain Sunday Times en février. L’ancien chef de l’État y aurait tenu des propos minimisant les exactions commises par le M23/AFC, ce que le gouvernement interprète comme une tentative de blanchiment politique du mouvement rebelle.
Le ministre évoque également les propos d’Aubin Minaku, haut cadre du parti, tenus lors d’une réunion en février : « Fini le moment du silence, des actions clandestines, maintenant c’est le moment des actions ouvertes… », des paroles jugées préoccupantes dans le contexte actuel. Il pointe enfin l’annonce controversée du retour de Joseph Kabila par la région de Goma, territoire sous contrôle du M23/AFC, ce qui, selon le VPM, constitue une atteinte à la souveraineté nationale.
Selon Shabani, ces faits violent l’esprit de la Constitution ainsi que les textes législatifs encadrant les partis politiques. Il rappelle en outre qu’en tant qu’ancien président et sénateur à vie, M. Kabila est soumis à une obligation de réserve, de loyauté et de patriotisme, conformément à la loi n° 18/021 du 26 juillet 2018 sur le statut des anciens chefs de l’État.
Le gouvernement reproche également au PPRD de n’avoir pris aucune mesure disciplinaire contre ses membres ayant rejoint la rébellion, ce qui constitue, selon lui, une preuve manifeste de complicité.
Sur la base des articles 29, 30 et 31 (alinéa b) de la loi n° 04/002 du 15 mars 2004 sur les partis politiques, Jacquemain Shabani demande au parquet de saisir la juridiction compétente afin de prononcer la dissolution du PPRD.
Cette requête survient après l’audition, en mars dernier, de plusieurs dirigeants du PPRD par l’auditorat militaire de Kinshasa-Gombe. Elle intervient également dans un contexte tendu, marqué par la suspension puis la reprise contestée des activités du parti sur le territoire national.
De son côté, la coordination du PPRD en diaspora a exprimé son opposition à cette démarche qu’elle juge « injuste et arbitraire ». Elle affirme avoir appris, par voie de presse, l’existence d’une demande de dissolution « antidatée » adressée au parquet. Le PPRD diaspora dénonce une manœuvre de répression politique et affirme avoir saisi la justice, sans obtenir de réponse.
ITK



