
Jeudi, 19 février 2026-Du haut de plus de trente-cinq ans de présence continue sur la scène politique congolaise, j’ai appris à reconnaître les cycles qui se répètent et à en déduire les issues probables. C’est le cas des dialogues politiques.
Chez nous, lorsqu’ils sont organisés en période de force du pouvoir, ils ont pour finalité d’intégrer les opposants au gouvernement et, par ricochet, de les enrôler dans la majorité présidentielle.
Une exception majeure déroge à cette règle : E. Tshisekedi.
Élu Premier ministre par la CNS, il refuse de se soumettre à Mobutu et choisit de rester opposant à son pouvoir. Conséquence : chaque fois qu’il est nommé, il est révoqué quelques semaines plus tard, puis remplacé par un Premier ministre issu de l’opposition mais accommodant, devenu serviteur loyal de la majorité.
Ainsi se succèdent Kengo wa Dondo, Nguz-a-Karl-Bond, Mungulu Diaka, à la suite des dialogues du Palais de marbres I et II. L’ombre d’ E. Tshisekedi continua de planer sur la primature.
En 1993, face à son intransigeance, Mobutu organise le conclave (dialogue) du Palais de la Nation afin de contourner le processus de la CNS et ses résolutions qui maintenaient Tshisekedi en position favorable pour diriger le gouvernement. Une partie de l’opposition y participe.
À l’issue de ces assises, Faustin Birindwa, membre fondateur de l’UDPS, est nommé Premier ministre en remplacement de Tshisekedi, jugé encombrant.
Plus tard, l’Union sacrée de l’opposition radicale accepte de partager le pouvoir avec les forces issues du conclave, désormais mobutistes. Ils entrent au dialogue en opposants ; ils en sortent mouvanciers, c’est à dire, membres de la majorité au pouvoir.
Plus de vingt ans après, le même schéma se reproduit. Les dialogues de la Cité de l’Union africaine, puis de la CENCO, aboutissent à deux gouvernements : d’abord celui de Samy Badibanga, ensuite celui de Bruno Tshibala.
Ces exécutifs sont censés refléter la majorité et l’opposition. Nous y représentons un courant opposant favorable au dialogue, dirigé par Vital Kamerhe, José Makila, Azarias Ruberwa, Jean-Lucien Busa, Samy Badibanga et moi-même.
Mais, au fil des recompositions, ce courant, comme la plupart des opposants ayant participé au dialogue de la CENCO, à l’exception de l’UDPS, opte pour le partage du pouvoir avec le camp de J. Kabila et finit dans le FCC. L’opposition d’hier se dilue dans la majorité de demain.
La coalition FCC–CACH illustre à son tour ce mécanisme d’absorption. Jésus avait transformé l’eau en vin ; avec son génie politique, Félix Tshisekedi transforme une majorité parlementaire estampillée FCC en une majorité baptisée Union sacrée de la nation, sa nouvelle famille politique.
Fort de mon expérience, j’avais conseillé au président Kabila, à Raymond Tshibanda et à Janet Kabila que le FCC réponde à l’appel du président Tshisekedi et adhère à l’USN avec l’ensemble de ses regroupements.
Il aurait conservé la primature tout en reconnaissant Félix Tshisekedi comme seul chef de la famille politique. Joseph Kabila était d’accord. Les deux autres ne l’étaient pas. Je les avais prévenus : si le FCC basculait dans l’opposition, il se viderait progressivement. Aujourd’hui, le FCC n’est plus que l’ombre de lui-même.
Je le rappelle pour qu’on en tire une leçon politique : chaque fois que l’opposition accepte un dialogue en période de force du pouvoir, elle finit, intégrée, fragmentée, neutralisée et diluée dans la majorité.
C’est cette constante historique qui me pousse à observer, avec un certain sourire, la revendication actuelle d’un dialogue en plein mandat.
L’opposition d’aujourd’hui est très affaiblie. Dans le langage politique congolais, son insistance pour le dialogue est une démarche d’intégration au gouvernement, avec, à la clé, une adhésion subtile à l’Union sacrée de la nation.
Tant mieux pour nous si l’opposition accepte de creuser sa propre tombe.



