
Mardi , 17 février 2026-Lorsque des bandits venus de l’extérieur franchissent les limites de notre parcelle, s’y installent par la force, tuent nos enfants, pillent nos biens et transforment notre maison en champ de ruines, quelle doit être notre première réaction ? Organiser une réunion de famille ? Ou d’abord protéger les survivants, réclamer justice et restaurer l’autorité ?
Depuis des années, notre pays subit une agression dont les conséquences humaines sont effroyables. Des villes meurtries. Des familles décimées. Des enfants orphelins. Des mères inconsolables.
À Goma, lors de l’entrée des troupes rwandaises, des quartiers entiers ont été frappés d’effroi. Les rues ont porté le silence lourd des drames collectifs. Dans ce contexte, une question fondamentale se pose : quelle doit être notre priorité comme peuple meurtri ?
Nous sommes d’une tradition où le dialogue est l’expression de notre sagesse. Il permet d’apaiser, de rapprocher, de reconstruire. Mais un dialogue durable ne peut reposer ni sur l’oubli de nos victimes ni sur l’effacement des responsabilités.
La réconciliation véritable repose sur trois piliers : la vérité, la justice et la réparation. Sans eux, elle devient fragile, parfois injuste, et finit par préparer les violences de demain.
Comment expliquer à nos familles endeuillées que nous puissions nous asseoir à la même table que ceux qui ont semé la désolation, sans qu’aucune reconnaissance des torts n’ait précédé cette rencontre ? Quel message adresserions‑nous aux générations futures si la prise des armes devenait un raccourci vers la légitimité politique ?
Il ne s’agit pas pour nous de refuser le dialogue, y compris celui qui serait en gestation à Luanda. Il s’agit de lui donner un ordre moral et politique : exiger d’abord la poursuite des responsables des atrocités par les juridictions compétentes, restaurer l’intégrité territoriale, puis seulement envisager la possibilité d’un dialogue.
Aucun calendrier politique ne doit primer sur la dignité de nos victimes.
La mémoire des victimes nous impose retenue, gravité et responsabilité.
Pendant que notre patrie se bat pour faire reconnaître le Genocost : destruction massive et préméditée de vies congolaises, motivée par des intérêts territoriaux et économiques liés à l’exploitation de nos ressources , certains compatriotes restent insensibles à cette bataille morale. Ils vont de capitale en capitale, non pour réclamer justice pour nos morts, mais pour obtenir un dialogue avec les responsables présumés de ces crimes. Cela s’apparente à une forme de négationnisme.
Le négationnisme, c’est la falsification, la minimisation ou la négation des crimes contre l’humanité et des génocides. Il vise à brouiller la frontière entre bourreaux et victimes, à relativiser l’horreur et à priver les morts de leur vérité. Dans certains pays, nier ou minimiser de tels crimes est pénalement réprimé. Pourquoi pas en RDC ?
Qualifier de négationnistes ceux qui, au nom d’intérêts politiques immédiats, relativisent les plus de 10 millions de morts congolais n’est pas un excès de langage.
C’est constater qu’en s’acharnant à parler de dialogue sans exiger au préalable vérité et justice, ils participent à une entreprise de réécriture des faits, où nos victimes deviennent un simple décor et les responsabilités se dissolvent dans des compromis politiques.
Avant toute discussion dans l’intérêt de la classe politique, nous avons une exigence supérieure : le respect dû à nos disparus, et à la reconnaissance des crimes commis. La paix n’est pas un arrangement entre élites ; elle doit être un contrat moral avec les victimes.
Nous avons une responsabilité historique : refuser l’impunité, nous réconcilier sans marcher sur la mémoire de nos martyrs. C’est à ce prix que le dialogue retrouvera sa noblesse



