
Kinshasa, le 15 mai 2025 – Alors que les leçons du cycle électoral de 2023 continuent d’alimenter le débat public en République démocratique du Congo (RDC), la société civile entend jouer un rôle moteur dans l’amélioration du cadre électoral national. Ce jeudi, la Coalition pour les Réformes Électorales au Congo (CREC), en partenariat avec Democracy Reporting International (DRI), a organisé un déjeuner d’échanges à l’hôtel Hilton de Kinshasa avec les principaux responsables des institutions d’appui à la démocratie. Parmi les institutions représentées figuraient la Commission électorale nationale indépendante (CENI), le Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC) et la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH).
Cette rencontre s’inscrit dans un processus de plaidoyer entamé depuis plusieurs mois et vise à susciter une appropriation institutionnelle des recommandations issues de la société civile, en vue de garantir des élections plus crédibles, inclusives et apaisées dans les années à venir.
Un Vademecum structurant : 10 recommandations issues de 45 propositions consolidées
Au centre des discussions, un Vademecum stratégique contenant 10 recommandations prioritaires, formulées à partir de 45 recommandations mutualisées par les différentes organisations membres de la CREC. Ce document de plaidoyer se veut une feuille de route réaliste, progressive et inclusive, pour des réformes électorales en profondeur.
Les recommandations phares incluent :
1. La planification anticipée du prochain processus électoral, afin d’éviter les retards structurels constatés lors des cycles précédents ;
2. L’application effective de la loi sur le financement public des partis politiques, dans un souci d’équité et de transparence ;
3. Le renforcement de la sécurisation des femmes candidates, souvent victimes d’intimidations ou de violences basées sur le genre ;
4. Le décaissement trimestriel et régulier des fonds alloués à la CENI, pour éviter les blocages administratifs et opérationnels ;
5. L’organisation des états généraux sur les élections, comme espace d’évaluation, de concertation et de formulation consensuelle des réformes ;
6. L’installation des membres de la nouvelle CENI six mois avant la fin du mandat de l’équipe sortante, pour assurer une transition sans heurts ;
7. La révision de la cartographie électorale, afin de garantir une représentation équitable et l’accessibilité des centres de vote ;
8. L’amélioration du contentieux électoral, en garantissant l’indépendance, la compétence et la célérité des juridictions compétentes ;
9. Le renforcement du contrôle citoyen, par une reconnaissance institutionnelle du rôle des observateurs électoraux nationaux ;
10. La réforme du système de transmission et de publication des résultats, pour garantir la transparence et la traçabilité des suffrages exprimés.
Une dynamique portée par un large front d’organisations
La Coalition pour les Réformes Électorales au Congo (CREC) rassemble 10 plateformes majeures de la société civile, parmi lesquelles :
– La Commission épiscopale Justice et Paix (CEJP/CENCO)
– La Commission Justice, Paix et Sauvegarde de la Création (CJPSC/ECC)
– Agir pour des Élections Transparentes et Apaisées (AETA)
– EBUTELI
– Le Réseau Gouvernance et Démocratie (REGED)
– Le Réseau National pour l’Observation et la Surveillance des Élections au Congo (RENOSEC)
– Le Réseau d’organisations de droits humains et d’éducation civique d’inspiration chrétienne (RODHECIC)
– Rien Sans Les Femmes (RSLF)
– SYMOCEL
– Le Réseau d’Éducation Civique au Congo (RECIC)
Ces organisations ont élaboré une charte commune de conduite du plaidoyer, qui fixe un cadre éthique, stratégique et collaboratif pour la mise en œuvre des actions de pression et de sensibilisation.
Les « plaideurs », issus de chaque plateforme, ont été mandatés pour porter la voix de la société civile auprès des décideurs politiques et institutionnels.
Un appel à l’engagement concret des institutions
Cette première rencontre d’une série à venir a été l’occasion pour la CREC et ses partenaires de rappeler aux institutions d’appui à la démocratie leur responsabilité dans l’amélioration du processus électoral.
« Il est temps que la RDC rompe avec le cycle de réformes inachevées ou post-électorales, qui entretiennent l’instabilité politique et la méfiance citoyenne », a souligné un représentant de DRI.
Les échanges ont mis en lumière des convergences mais aussi des divergences d’interprétation quant au rôle respectif de la CENI, du CSAC et de la CNDH dans la mise en œuvre des réformes proposées. Toutefois, un consensus s’est dégagé sur la nécessité de renforcer la concertation entre tous les acteurs concernés, notamment à travers des plateformes permanentes de dialogue.
Un appui de l’Union européenne pour accompagner le processus
Le programme de plaidoyer bénéficie du soutien technique de Democracy Reporting International (DRI), une organisation allemande spécialisée dans le renforcement des institutions démocratiques. Ce soutien est financé par l’Union européenne, dans le cadre de son engagement en faveur de la gouvernance démocratique en Afrique.
Selon les organisateurs, d’autres rencontres seront programmées dans les semaines à venir avec des représentants des partis politiques, des juridictions électorales, de l’Assemblée nationale, ainsi qu’avec des leaders d’opinion et des médias.
Vers un nouveau pacte électoral ?
Alors que la RDC se dirige, dans les années à venir, vers un nouveau cycle électoral (2028), la mise en œuvre des recommandations de la société civile pourrait marquer un tournant vers un pacte électoral rénové, fondé sur la transparence, l’inclusivité, la responsabilité et la participation citoyenne.
« La réforme électorale ne peut plus être une affaire exclusive des techniciens ou des politiciens. Elle doit devenir une priorité nationale partagée », a résumé un participant, appelant à une mobilisation de tous les acteurs pour sortir définitivement du cycle des crises post-électorales.
ITK





