
Vendredi, 25 juillet 2025-À Matadi, chef-lieu de la province du Kongo Central, les constructions anarchiques ont désormais élu domicile jusque dans les lieux les plus sensibles, au mépris des interdictions formelles édictées depuis plusieurs années. L’ex-mont Pic Ambien, aujourd’hui rebaptisé mont Kinzau, en est l’un des symboles les plus frappants.
Ce site, à la fois touristique, historique, stratégique et potentiellement dangereux, est aujourd’hui envahi par une multitude de bâtisses érigées dans le désordre total. Sur place, les maisons poussent comme des champignons, transformant progressivement ce patrimoine naturel en une zone d’urbanisation sauvage.
Un patrimoine dénaturé sous le regard passif des autorités
Pourtant, la mesure d’interdiction de toute construction sur ce mont ne date pas d’hier. Lors d’une mission officielle à Matadi, l’ancien Président Joseph Kabila Kabange avait clairement interdit toute implantation sur ce site, en instruisant formellement le gouverneur de l’époque, feu Jacques Mbadu Nsitu di Mavungu, de veiller à l’application stricte de cette mesure.
Mais comme souvent au pays, les bonnes résolutions sombrent rapidement dans l’oubli. Ni les gouvernements successifs, ni les autorités locales actuelles n’ont daigné imposer le respect de cette décision présidentielle.
Complicité active ou laxisme coupable ?
Le phénomène est d’autant plus préoccupant qu’il serait facilité, voire cautionné, par certains agents publics, notamment ceux affectés aux services du cadastre, des affaires foncières, de l’urbanisme, et même par des autorités coutumières locales. Des titres parcellaires seraient ainsi délivrés en toute irrégularité, encourageant des citoyens à bâtir sur une zone pourtant classée comme non constructible.
Le silence assourdissant du pouvoir provincial
Alors que la situation devient de plus en plus alarmante, les autorités provinciales, censées agir en garantes de l’ordre public et de la préservation du patrimoine, brillent par leur silence.
Le gouverneur Grâce Nkuanga Masuangi Bilolo, salué pour certaines de ses initiatives depuis sa prise de fonctions, est aujourd’hui attendu sur ce dossier brûlant.
Selon plusieurs observateurs, il est plus que temps qu’il tape du poing sur la table, en prenant un arrêté provincial de démolition et d’expropriation, y compris pour les détenteurs de documents parcellaires jugés « réguliers » mais obtenus en violation des lois.
Sanctions urgentes attendues
Par ailleurs, des sanctions exemplaires devraient être infligées aux agents fautifs des services du cadastre, des affaires foncières, de l’urbanisme, ainsi qu’aux chefs coutumiers impliqués.
Un projet d’arrêté allant dans ce sens serait une réponse forte et nécessaire pour mettre fin à cette dérive urbanistique.
Il est impératif de rappeler que les sites touristiques et les biens d’intérêt public ne doivent en aucun cas être sacrifiés sur l’autel des intérêts égoïstes, peu importe le statut social des auteurs. Le mont Kinzau, vestige naturel et point de repère historique, mérite mieux qu’un sort de lotissement sauvage.
Dieudonné MUAKA DIMBI



