
Vendredi, 11 avril 2025-La menace des rebelles des Forces démocratiques alliées (ADF) prend une nouvelle tournure dans les territoires de Lubero, au Nord-Kivu, ainsi qu’à Irumu et Mambasa en Ituri. Ce groupe armé, autrefois connu pour ses attaques meurtrières et sa mobilité, semble désormais adopter une stratégie d’occupation et de contrôle économique, suscitant inquiétude et désarroi parmi les autorités locales et les acteurs de la société civile.
Une occupation déguisée en cohabitation à Lubero
Dans le secteur de Bapere en territoire de Lubero au Nord-Kivu, les terroristes ADF ont récemment changé leur mode opératoire. Selon l’administrateur militaire du territoire, le Colonel Kiwewa Mitela Alain, ces rebelles ne se contentent plus des attaques violentes, ils s’installent durablement dans certains villages, organisent des meetings populaires et promettent une sécurité aux habitants.
À en croire l’autorité territoriale, leur objectif est d’exploiter les ressources minières, notamment l’or, avec la participation forcée des communautés locales.
« Depuis un certain temps, leur présence est signalée dans le secteur de Bapere. Ils ne se déplacent plus comme avant, mais occupent les villages et demandent à la population de travailler pour eux, notamment dans l’exploitation de l’or », a déclaré le Colonel Kiwewa lors d’un entretien avec la Radio Moto Oicha. Selon lui, un gramme d’or s’échange actuellement à 45 dollars dans cette région, une manne financière que les ADF cherchent à contrôler.
Malgré leurs promesses de ne plus recourir à la violence, l’administrateur du territoire de Lubero appelle les habitants à ne pas se laisser duper.
« La population ne doit pas cohabiter avec ces ennemis de la paix. Elle doit dénoncer leur présence. Quant à nos forces armées, elles doivent intensifier les efforts pour neutraliser ce groupe terroriste », a-t-il insisté.
Dans les territoires voisins d’Irumu et Mambasa en Ituri, les ADF imposent une autre forme de domination : un « jeton d’accès » aux champs agricoles.
Selon l’ONG-DH la Convention pour le respect des droits humains (CRDH), antenne de Mambasa, les rebelles ont instauré un système où chaque agriculteur doit payer 10 dollars américains par mois pour pouvoir cultiver ses champs. Cette mesure a été annoncée lors de meetings populaires tenus à Kadika et Ndioka, dans la chefferie de Babila-Bakwanza.
Les rebelles ont même procédé à l’identification des cultivateurs en prenant des photos d’eux, une démarche qui a semé la terreur parmi les habitants. « Cette situation pousse déjà certains à fuir la région. Nous craignons des représailles si les agriculteurs ne peuvent pas payer ces jetons », a alerté un membre de la CRDH.
Le même système a été signalé dans le territoire d’Irumu, où les ADF appliquent des méthodes similaires pour asseoir leur contrôle sur les populations locales. La CRDH appelle les autorités militaires à agir rapidement pour éviter une escalade de la situation. « Nous lançons un cri d’alarme. Il est urgent de mettre fin à cette colonisation déguisée et de protéger les habitants contre ces pratiques oppressives », a plaidé l’organisation.
Ces nouvelles pratiques des ADF, alliant occupation territoriale et exploitation économique, marquent une évolution préoccupante de leur stratégie. Autrefois caractérisés par des attaques sanglantes contre les civils suivies de pillages et de massacres, les rebelles semblent désormais chercher à établir une emprise durable sur les territoires qu’ils contrôlent.
En effet, ce nouveau mode opératoire complique davantage la tâche des forces armées congolaises, déjà confrontées à une situation sécuritaire fragile caractérisée par la guerre d’occupation et d’agression menée par l’armée rwandaise et le M23 dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
L’administrateur du territoire de Lubero a également exprimé ses craintes face à une éventuelle aggravation de la situation, notamment en raison de la menace persistante d’une occupation rwandaise dans la région.
Face à ces défis, les appels à l’action se multiplient. Les organisations de défense des droits humains comme la CRDH exhortent les autorités à prendre des mesures concrètes pour protéger les populations et restaurer l’autorité de l’État dans ces zones. Ces organisations pensent que la lutte contre les ADF ne se limite plus à une réponse militaire ; elle implique également des efforts pour contrer leur emprise économique et leur propagande auprès des communautés locales.
Samuel Kitha Mwerivwa K.



