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Silence sous les balles : la presse bâillonnée dans l’Est de la RDC !

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Dimanche, 4 mai 2025-Dans la ville de Goma, comme dans d’autres zones contrôlées par les rebelles du M23, les journalistes font face à d’innombrables défis. À l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, célébrée chaque 3 mai, nous avons recueilli les témoignages de certains journalistes de Goma, qui décrivent un quotidien marqué par la peur constante pour leur sécurité.

Jean-Pierre Sakabo (nom d’emprunt), journaliste vivant dans une zone occupée depuis fin janvier, témoigne de l’enfer qu’il endure depuis l’arrivée des éléments du M23-AFC. Il évoque d’abord les difficultés économiques. « Les journalistes ne travaillent plus, et par conséquent, ils ne perçoivent ni primes ni salaires. Ceux qui continuent à exercer en tant que pigistes sont contraints de signer leurs articles de manière anonyme pour préserver leur sécurité. Mais ils se heurtent aussi à des obstacles financiers, notamment avec la fermeture des banques, qui rend impossible le paiement de leurs piges. »

Sur le plan sécuritaire, Jean-Pierre Sakabo souligne les traumatismes auxquels les journalistes sont confrontés. Par crainte de représailles de la part des rebelles, nombre d’entre eux ont abandonné leur métier pour se reconvertir. « Les journalistes qui travaillent dans les zones occupées sont d’abord traumatisés. Beaucoup ont dû changer de profession. Si quelqu’un savait faire de la peinture, il cesse d’être journaliste pour se consacrer à cette activité. Les faits sont là, mais les journalistes s’abstiennent de les commenter sous peine de représailles », confie-t-il.

Un autre journaliste de Goma, qui a également requis l’anonymat, se dit coincé entre les rebelles et les nombreuses restrictions imposées par le Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC). Par mesure de sécurité, il a choisi de ne plus aborder certains sujets sensibles, notamment politiques et sécuritaires.

« Notre liberté est mise en cause. Nous sommes devenus des chargés de communication des gouvernants, au lieu d’être des journalistes au service de la société. Il y a des sujets que nous ne pouvons pas traiter, car X et X ne veulent pas qu’on parle », explique-t-il, décrivant un quotidien empreint d’angoisse et d’incertitude.

Une journaliste de la même ville partage également son désarroi face à la situation actuelle. « Nous ne savons plus comment informer. Nous n’avons même plus de techniques de survie. Certes, nous avons suivi plusieurs formations à ce sujet, mais en temps de guerre, il est extrêmement difficile d’appliquer ce que nous avons appris », confie-t-elle.

Le rapport annuel de 2025 de l’ONG Reporters sans frontières (RSF) revient exactement sur la détérioration de la liberté de la presse en RDC. Le pays a reculé de dix places dans le Classement mondial de la liberté de la presse, passant de la 123e à la 133e position sur 180 pays.

Par ailleurs, l’organisation Journalistes en Danger (JED) a profité de la Journée mondiale de la liberté de la presse pour tirer la sonnette d’alarme. Dans un communiqué, JED a dénoncé les graves violations des droits des journalistes dans les zones sous contrôle rebelle au Nord-Kivu et au Sud-Kivu. L’organisation a signalé une intensification des attaques ciblées contre les journalistes, avec des radios vandalisées ou censurées pour empêcher toute couverture des exactions commises. Plus inquiétant encore, certains journalistes auraient été contraints de suivre des formations idéologiques dans des camps où ils apprennent le maniement des armes, une situation que JED qualifie de « fin des médias indépendants ».

Samuel Kitha Mwerivwa

 

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