
Lundi, 22 septembre 2025-Un nouvel épisode vient relancer le feuilleton judiciaire autour de la compagnie aérienne Mwant-Jet. Le 3 septembre dernier, contre toute attente, le Procureur Général près la Cour d’Appel de Kinshasa/Matete a adressé une réquisition à l’Autorité de l’Aviation Civile (AAC), demandant l’immobilisation d’un aéronef de la société actuellement basé à Bunia.
L’appareil concerné est un Embraer ERJ-145 immatriculé 95-YE, remis en service à l’occasion de la reprise officielle des vols commerciaux de Mwant-Jet, le 16 août dernier.
La démarche du parquet s’appuie sur une plainte introduite par Gueda Yav, associée au sein de la société. Celle-ci affirme que l’avion aurait été « exploité frauduleusement » alors qu’il se trouvait sous saisie. Elle estime par ailleurs que la démission de l’administrateur provisoire justifiait la suspension de toute activité jusqu’à la nomination d’un nouveau gérant.
Or, ces arguments sont vivement contestés par Michaël Yav, autre associé de la société, qui souligne que l’administrateur provisoire avait travaillé avec l’AAC sur un plan de relance validé, ayant conduit à la reprise effective des vols.
Un dossier sans rapport direct avec Mwant-Jet
Les sources proches du dossier pointent un élément troublant : la réquisition se réfère au dossier RI 2659/PG023.b, qui n’a pourtant aucun lien avec l’avion de Mwant-Jet.
Ce dossier opposait le Ministère Public et un plaignant privé à une autre partie, avant d’être classé sans suite dès juillet 2020 — à une époque où Mwant-Jet n’avait que deux ans d’existence.
Déjà, le même parquet avait poursuivi en son temps le DG de l’AAC, celui de la RVA, l’administrateur provisoire de Mwant-Jet et Michaël Yav lui-même, pour « détournement d’objets saisis », leur reprochant d’avoir fait voler le même avion.
Mais cette procédure, enregistrée sous le numéro RMP 18620/PG 023.b/KKM, avait elle aussi été classée sans suite faute d’infractions établies.
Des motivations difficiles à cerner
À ce stade, rien ne semble objectivement justifier l’immobilisation de l’aéronef.
Le seul autre dossier en cours au parquet de Kinshasa/Matete est le RI 8659/PG023.b, dans lequel Gueda Yav attaque des responsables du Guichet Unique de Création d’Entreprises pour avoir refusé d’enregistrer le procès-verbal d’une assemblée générale de Mwant-Jet tenue en mars.
Or, cette réunion, organisée dans des conditions contestées à N’djili, fait elle-même l’objet d’une procédure d’annulation devant le tribunal de commerce.
Un contentieux qui, juridiquement, ne peut pas conduire à l’immobilisation d’un avion.
Excès de zèle ou pressions extérieures ?
L’initiative du parquet soulève donc de nombreuses interrogations.
S’agit-il d’un excès de zèle destiné à fragiliser une compagnie aérienne en pleine relance ?
Ou bien de pressions externes cherchant à faire pencher la balance de la justice en faveur d’un camp dans ce conflit interne entre associés ?
Quoi qu’il en soit, la décision d’immobiliser l’appareil apparaît, à la lumière des faits, comme injustifiée et difficile à comprendre.
ITK



