Mardi, 23 juin 2026-Hugues Luwawa Ntendy, Directeur Général de la Régie d’assainissement de Kinshasa (RASKIN), a démissionné de ses fonctions alors qu’il était attendu à l’Assemblée provinciale de Kinshasa pour répondre à une interpellation lui adressée par le député provincial Nicolas Wemakoy.
Cette démission intervient dans un contexte particulier où les regards sont tournés vers la gestion de l’assainissement de la capitale, un secteur qui cristallise depuis plusieurs années les critiques des élus et de la population.
Alors que les députés provinciaux attendaient des explications sur le fonctionnement de la régie et sur les résultats obtenus dans la lutte contre l’insalubrité, le patron de la RASKIN a finalement choisi de quitter ses fonctions.
Au-delà de l’acte lui-même, ce départ apparaît comme l’un des épisodes les plus marquants d’une profonde recomposition en cours dans la gouvernance de l’assainissement de Kinshasa.
Une démission sur fond de remise en question
Créée pour assurer l’assainissement de la ville-province de Kinshasa, la RASKIN était appelée à jouer un rôle central dans la collecte des déchets, l’entretien des espaces publics et l’accompagnement des politiques de salubrité urbaine.
Pourtant, malgré les moyens mobilisés et les différentes initiatives annoncées au fil des années, les résultats demeurent largement en deçà des attentes.
Dans plusieurs communes, les montagnes d’immondices continuent de s’accumuler, les caniveaux restent obstrués et les inondations récurrentes rappellent les limites des dispositifs mis en place jusque-là.
L’interpellation du député provincial Nicolas Wemakoy s’inscrivait précisément dans cette logique de contrôle de l’action publique. La démission de Hugues Luwawa Ntendy, avant même l’exercice de redevabilité auquel il était convié, ne manquera pas d’alimenter les débats sur la gestion de la régie et sur les responsabilités des différents acteurs impliqués dans ce secteur stratégique.
Le Service national au cœur de la nouvelle stratégie
Mais la portée de cet événement dépasse largement le cadre de la RASKIN. En effet, cette démission survient au moment où le Président de la République a décidé de confier au Service national un rôle de premier plan dans la prise en charge de l’assainissement de la capitale.
Sous la conduite du général Jean-Pierre Kasongo Kabwik, le Service national est désormais appelé à intervenir directement dans les opérations de salubrité publique, avec pour mission de redonner à Kinshasa une image plus propre et plus ordonnée.
Cette décision présidentielle traduit une volonté claire : passer d’une logique administrative souvent jugée lente à une approche davantage orientée vers l’action, la discipline et les résultats visibles sur le terrain.
Depuis plusieurs mois déjà, les équipes du Service national multiplient les interventions dans différents secteurs de la ville. Curage des caniveaux, évacuation des déchets, assainissement des espaces publics et réhabilitation de certains axes urbains figurent parmi les actions engagées dans le cadre de cette nouvelle dynamique.
Un changement de paradigme
Pour de nombreux observateurs, l’entrée en scène du Service national marque un changement profond dans la manière dont les autorités entendent gérer les défis urbains de Kinshasa.
Face à une croissance démographique galopante, à l’urbanisation anarchique et à la multiplication des problèmes environnementaux, les pouvoirs publics semblent désormais privilégier une approche basée sur la mobilisation massive des ressources humaines et sur une présence permanente sur le terrain.
Le général Jean-Pierre Kasongo bénéficie d’ailleurs d’un capital de confiance important au sein de l’opinion, notamment en raison des résultats enregistrés par le Service national dans les domaines de la production agricole, de la réinsertion sociale et de l’exécution de plusieurs projets d’intérêt communautaire.
L’assainissement de Kinshasa constitue cependant un défi d’une tout autre ampleur. Chaque jour, la capitale produit des milliers de tonnes de déchets dont une grande partie échappe encore aux circuits de collecte et de traitement.
La démission du Directeur Général de la RASKIN apparaît ainsi comme un symbole fort de la transition en cours. Elle intervient à un moment où les autorités nationales semblent déterminées à reprendre en main un secteur devenu l’un des principaux indicateurs de l’efficacité de l’action publique dans la capitale.
Reste désormais à savoir quelle sera la place réservée à la RASKIN dans ce nouveau dispositif et comment s’articuleront ses missions avec celles du Service national. Une restructuration, voire une redéfinition complète des responsabilités, n’est pas à exclure.
Une chose est certaine : les Kinois attendent des résultats concrets. Plus que les changements de responsables ou les réformes institutionnelles, c’est la disparition progressive des dépotoirs sauvages, l’amélioration du cadre de vie et la réduction des risques d’inondation qui permettront d’évaluer le succès de cette nouvelle stratégie.
Avec le départ de Hugues Luwawa Ntendy et l’implication croissante du Service national dans la gestion de la salubrité urbaine, l’assainissement de Kinshasa entre dans une nouvelle phase dont les résultats seront observés de près par une population longtemps confrontée aux conséquences de l’insalubrité.
ITK


