
Mercredi, 21 mai 2025-Condamné à 10 ans de travaux forcés pour détournement de fonds publics dans l’affaire Bukanga Lonzo, l’ancien Premier ministre Augustin Matata Ponyo conteste vigoureusement la décision rendue par la Cour constitutionnelle. Son avocat, Maître Laurent Onyemba, dénonce une justice à géométrie variable.
À peine quelques heures après l’arrêt rendu ce mardi 20 mai 2025, l’avocat de l’ancien chef du gouvernement congolais est monté au créneau. Face à la presse, Maître Laurent Onyemba a exprimé son indignation, qualifiant la décision de la Cour constitutionnelle d’« inique » et de « déconnectée de la réalité du procès ».
« Il est de principe que la Cour constitutionnelle ne revient pas sur ses propres arrêts. Ceux-ci sont définitifs et sans recours. Le fait qu’elle se déclare aujourd’hui compétente, après avoir dit le contraire en 2021, pose un sérieux problème de droit. De plus, M. Matata est député national, donc couvert par une immunité parlementaire qui n’a pas été levée dans les règles. La procédure est viciée », a-t-il fustigé.
Maître Onyemba a également critiqué le choix de la Cour de joindre les exceptions de procédure « au fond », sans les traiter séparément. « Cela montre une volonté de passer en force. C’est une décision qui nous déçoit, certes, mais elle ne nous effraie pas », a-t-il ajouté.
Dans cette affaire, Augustin Matata Ponyo, l’ancien gouverneur de la Banque centrale Deogratias Mutombo, et l’homme d’affaires sud-africain Christophe Grobler ont été reconnus coupables de détournement de fonds liés au projet du Parc agro-industriel de Bukanga Lonzo.
Le verdict est sévère : 10 ans de travaux forcés pour Matata Ponyo, 5 ans pour Mutombo et Grobler. La Cour a ordonné la confiscation des biens des deux premiers à hauteur des montants détournés, ainsi que la privation pendant 5 ans, après exécution de leur peine, de leurs droits civiques et politiques. Christophe Grobler, lui, devra quitter le territoire congolais après avoir purgé sa peine.
Ce jugement vient clore un feuilleton judiciaire entamé en 2021. À l’époque, la Cour constitutionnelle s’était déclarée incompétente pour juger un ancien Premier ministre, renvoyant l’affaire à la Cour de cassation. Mais face aux nombreuses questions soulevées, cette dernière avait renvoyé le dossier à la Cour constitutionnelle pour interprétation. Dans un spectaculaire revirement de jurisprudence, celle-ci s’est finalement dite compétente, ouvrant ainsi la voie au procès.
ITK



