
Lundi, 2 décembre 2025-À la veille de la rencontre diplomatique prévue le 4 novembre 2025 à Washington entre la République démocratique du Congo et le Rwanda, les attentes sont fortes et les inquiétudes palpables. Dans une tribune incisive, le député national Steve Mbikayi analyse les enjeux de ce rendez-vous présenté comme un moment de vérité pour la paix dans la région des Grands Lacs.
Pour lui, il ne faut ni se bercer d’illusions ni sombrer dans le pessimisme : la RDC doit avancer avec lucidité, fermeté et sens stratégique.
Mbikayi souligne d’emblée la portée historique de ce face-à-face placé sous facilitation américaine.
Après plus de trente ans de conflits, d’agressions et d’instabilité, particulièrement dans l’Est du pays, Washington offre un espace où l’espoir et la méfiance se croisent.
« Il serait naïf d’y voir un miracle diplomatique ; il serait suicidaire de n’y voir qu’un piège », avertit le député. Pour lui, il s’agit d’un moment où le Congo doit conjuguer responsabilités nationales et intérêt supérieur du peuple.
Leçons de l’histoire : si la France et l’Allemagne ont pu se réconcilier…
La tribune rappelle que des pays jadis ennemis peuvent devenir des partenaires solides lorsque leurs dirigeants placent le bien-être de leurs populations au-dessus des logiques de rivalité.
Le parallèle qu’il établit entre la réconciliation franco-allemande et une éventuelle normalisation entre la RDC et le Rwanda n’est pas fortuit.
Mbikayi estime que si Paris et Berlin ont réussi à dépasser des décennies de guerre, Kigali et Kinshasa peuvent également construire un avenir commun, à condition que la volonté politique soit réelle et non dictée par des pressions externes.
« Pas pour plaire à Trump », insiste-t-il, mais pour répondre aux impératifs de stabilité régionale.
Toutefois, la prudence reste de mise. Steve Mbikayi souligne qu’aucun accord ne sera solide si le Rwanda ne s’engage pas clairement à rompre avec les logiques d’agression et d’ingérence, notamment via le mouvement M23.
Pour lui, la RDC doit exiger à Washington : la cessation totale du soutien rwandais au M23 ; le cantonnement et le retrait effectif des combattants ; un mécanisme international, contraignant et vérifiable, garantissant le respect des engagements ; un engagement clair de Kigali sur le respect de la souveraineté et des frontières congolaises.
Sans ces conditions, prévient-il, l’accord ne serait qu’un répit illusoire, « une trêve fragile » vouée à échouer.
Tshisekedi face à une responsabilité historique
Dans la tribune, Mbikayi rappelle que le président Félix Tshisekedi aborde cette rencontre sous le regard attentif de toute la nation.
Il doit faire preuve de fermeté face aux provocations, de calme face aux pressions et de clairvoyance face aux ambitions contradictoires de la sous-région.
La diplomatie est nécessaire, poursuit-il, mais elle doit s’appuyer sur la force du droit, sur la vérité des faits et sur le soutien de partenaires crédibles comme les États-Unis, tout en gardant ouvertes les « options alternatives ».
Le député appelle aussi le peuple congolais à accompagner ce processus avec sérénité. Ni rejet systématique de tout dialogue, ni adhésion aveugle à des engagements mal définis : la posture nationale doit être faite de vigilance responsable.
Il rappelle qu’« même les ennemis les plus résolus peuvent devenir des partenaires », mais seulement lorsque la vérité est dite et les engagements tenus.
Washington, une opportunité à saisir, mais pas à n’importe quel prix
Pour Steve Mbikayi, le moment de Washington représente une opportunité réelle, mais seulement si le Rwanda démontre par des actes qu’il est prêt à rompre avec la duplicité et la prédation. La RDC ne doit accepter « aucune paix au rabais ».
Il appelle ainsi la majorité, l’opposition et la société civile à faire bloc autour du Chef de l’État, comme une équipe nationale soudée avant un match décisif. Le 04 novembre 2025, dit-il, « je nous conseille une trêve ».
Alors que les projecteurs sont braqués sur Washington, la voix de Steve Mbikayi exprime le sentiment d’une large partie de l’opinion : un peuple fatigué des conflits, mais déterminé à ne pas sacrifier sa souveraineté. Si la France et l’Allemagne ont pu écrire une nouvelle page à partir des ruines de leurs guerres, la RDC et le Rwanda peuvent aussi, un jour, changer le cours de leur histoire, à condition que chacun joue franc jeu.
ITK



