
Mercredi, 26 novembre 2025-Dans une prise de position très pointue, le député national Steve Mbikayi a livré une tribune incisive intitulée « CENCO : la tentation de l’effraction », dans laquelle il questionne le rôle actuel de la Conférence Épiscopale Nationale du Congo (CENCO) dans le débat public congolais.
L’ancien ministre y développe une réflexion historique, politique et éthique sur ce qu’il considère comme un glissement préoccupant de l’épiscopat congolais, passé, selon lui, d’une vigie morale respectée à un acteur politique à part entière.
Dans de nombreux pays, notamment en Amérique latine, les conférences épiscopales jouent un rôle essentiel dans la dénonciation de la corruption, de la mauvaise gouvernance et des violations des droits humains.
Le Brésil, le Mexique et d’autres nations ont souvent salué la fermeté de leurs épiscopats.
La RDC ne fait pas exception : la mémoire collective retient les échanges légendaires entre le cardinal Malula et le président Mobutu.
Le prélat n’hésitait pas à interpeller le pouvoir, parfois au prix d’un exil temporaire. Mais, rappelle Mbikayi, jamais Malula n’a voulu s’asseoir à la table des acteurs politiques. Il parlait comme pasteur, non comme prétendant au pouvoir.
Le tournant des années 1990 : quand l’Église touche à l’arène politique
Selon l’analyse de Mbikayi, un changement profond survient au début des années 1990. La classe politique, en quête de neutralité, confie à Mgr Laurent Monsengwo la présidence de la Conférence nationale souveraine. L’homme s’acquitte brillamment de sa mission.
Cependant, sa participation ensuite au Haut Conseil de la République, Parlement de Transition (HCR/PT) inaugure un nouveau rapport entre l’Église et le politique.
L’épiscopat découvre alors l’attrait d’un rôle institutionnel mêlant prestige, influence et accès aux ressources. Le député note qu’à partir de ce moment, une pente glissante s’est amorcée.
Aujourd’hui, Mbikayi estime que la CENCO ne se limite plus à éclairer ou dénoncer, mais aspire à s’ériger en acteur politique légitime. Une frontière, selon lui, est en train d’être franchie.
Il cite notamment la déclaration récente du cardinal Fridolin Ambongo, affirmant que tout arrangement politique élaboré en dehors du « pacte républicain » serait nul. Une position que Mbikayi interprète comme la revendication d’un droit de veto politique de la part des Églises, alors même que celles-ci ne détiennent aucun mandat du souverain primaire, c’est-à-dire du peuple.
Le député y voit une posture qui évoque non pas la prophétie morale, mais une forme de « noblesse ecclésiale » rappelant le Moyen Âge. Il cite Montesquieu : « Il n’y a point de plus cruelle tyrannie que celle que l’on exerce à l’ombre des lois et avec les couleurs de la justice. »
La Constitution congolaise consacre le caractère laïc de l’État. Si l’Église peut conseiller, interpeller ou moraliser, gouverner ne fait pas partie de sa mission, souligne Mbikayi.
Il accuse la CENCO d’avoir progressivement adopté une posture d’opposition politique déguisée, multipliant les attaques contre les institutions légitimes.
Certains observateurs, note-t-il, évoquent même une frustration financière liée à la mise en œuvre de la gratuité de l’enseignement, réforme phare du président Félix Tshisekedi, qui aurait réduit certains leviers historiques des réseaux catholiques.
Mbikayi insiste toutefois sur un point : l’Église n’est pas monolithique. Des prélats, notamment un évêque influent du Kasaï oriental, rappelleraient publiquement que la mission pastorale ne peut être instrumentalisée au profit d’ambitions politiques.
Cette dissociation interne illustre, selon lui, un malaise grandissant au sein même de la communauté ecclésiale.
Alors que les autorités légitimes ont clairement exclu la CENCO des négociations politiques en cours, Mbikayi estime que l’épiscopat cherche désormais à forcer la porte de l’arène politique “par effraction”.
Le député conclut sa tribune sur une formule suspendue :
« Wait and see. »
ITK



