
Mardi, 8 avril 2025-« Est-ce que la mutualisation des troupes FARDC et UPDF dans la neutralisation des ADF est la seule raison de la présence de l’Ouganda ou de l’armée ougandaise au Congo ? » C’est la grande question posée par le journaliste d’investigation et expert en questions de défense et de sécurité, Nicaise Kibel’Bel Oka, dans une analyse diffusée sur la chaîne YouTube « Les Coulisses RDC TV ».
Officiellement, cette collaboration militaire avec les Forces armées de la RDC vise à neutraliser les rebelles islamistes des ADF/MTM, responsables d’attaques meurtrières dans la région depuis plusieurs années. Cependant, Nicaise Kibel’Bel Oka démontre que l’implication de l’Ouganda dans l’Est de la RDC dépasse largement la lutte contre les ADF/MTM.
« ….L’armée ougandaise est au Congo, ou l’Ouganda est au Congo, généralement à travers le pillage de l’Est », affirme-t-il. Parmi les richesses exploitées par les partenaires des Forces armées congolaises figurent l’or en Ituri, le bois scié à Beni et Irumu, le cacao à Beni et Mambasa, ainsi que la papaïne, une sève utilisée dans la fabrication de médicaments, précise Nicaise Kibel’Bel Oka.
Les accusations de pillage prennent une tournure concrète avec des incidents documentés. Selon le journaliste d’investigation, le 30 janvier 2025, un véhicule blindé de l’UPDF a été intercepté à Nobili par les services de sécurité congolais. À l’intérieur, des sacs de cacao ont été découverts, confirmant ainsi les soupçons d’exploitation illégale.
« Donc, on comprend déjà que toute la zone frontalière, de Nobili jusqu’en Ituri, contrôlée par l’armée ougandaise, cette zone-là sert effectivement de pillage. L’armée ougandaise est dans le pillage du cacao, du café, du bois, en République démocratique du Congo. Donc, l’armée ougandaise nous fait croire à la lutte contre les ADF-MTM, mais l’armée ougandaise est dans une entreprise de pillage », dénonce le journaliste.
Une stratégie militaire détournée ?
D’après les observations de Nicaise Kibel’Bel Oka, l’UPDF aurait délibérément éloigné les ADF/MTM des zones frontalières afin de s’approprier les ressources agricoles et minières.
« L’armée ougandaise a eu la mission d’éloigner les ADF-MTM de la frontière. De telle sorte que l’armée peut, au lieu que les ADF-MTM puissent exploiter, puissent piller les ressources naturelles, notamment les produits agricoles d’exportation, café, cacao, bois, c’est l’armée ougandaise qui s’en charge. Parce que la menace est éloignée. Aujourd’hui, l’armée ougandaise est jusque dans le Lubero. C’est-à-dire que près de 80 km se sont laissés à la charge et à la surveillance de l’armée ougandaise. Donc l’armée ougandaise est dans la fraude », explique-t-il.
Outre le pillage, Nicaise Kibel’Bel Oka souligne que l’armée ougandaise peut également être accusée d’exactions contre les cultivateurs congolais. Il rappelle qu’au moment des récoltes, des cultivateurs sont souvent tués dans leurs champs de cacao ou de café, soulignant qu’il ne s’agit pas simplement d’une coïncidence.
« Comme nous pouvons le dire à haute voix, l’armée ougandaise peut aussi être accusée de tuer les cultivateurs congolais. Parce que ce phénomène de tuer les cultivateurs pendant la période de récolte doit quand même avoir une explication. Et comme l’armée ougandaise est impliquée dans la fraude, dans le pillage des matières premières de la RDC, on peut l’accuser de participer effectivement aux tueries des populations de cultivateurs, dans leurs champs de cacao ou de café”, a-t-il démontré.
Alors que la RDC continue à faire face à la guerre d’agression menée par l’armée rwandaise, la présence de troupes ougandaises doit être minutieusement examinée par les experts congolais en matière de défense et sécurité. En effet, au-delà des déclarations provocatrices du chef de l’armée ougandaise et fils unique du président Museveni sur X (anciennement Twitter), des troupes UPDF sont récemment entrées en RDC par force via la province de l’Ituri où elles se sont affrontées aux miliciens de CODECO. Ces agissements doivent alerter les autorités congolaises pour éviter des surprises désagréables à l’avenir, suggèrent certains observateurs avertis.
Samuel Kitha Mwerivwa K.



