
Lundi, 29 septembre 2025 – Dans son 136ᵉ billet politique, Steve Mbikayi s’est invité dans le débat sur la fin du mandat présidentiel en 2028. Pour l’ancien ministre de l’Enseignement supérieur et universitaire, aujourd’hui député national, croire que Félix Tshisekedi quittera le pouvoir à cette date relève d’une « illusion » que certains acteurs de l’opposition continuent d’entretenir sans assise politique ni réalisme.
À ses yeux, l’actuelle opposition congolaise n’est plus que l’ombre d’elle-même. Depuis l’alternance de 2018, une partie de ses figures de proue a choisi l’exil et s’exprime à distance, essentiellement à travers les réseaux sociaux. Mbikayi qualifie ce comportement d’« opposition ya pete », loin de l’audace et du courage politique qui avaient marqué les grandes heures de la contestation en République démocratique du Congo.
Pour appuyer son propos, il rappelle l’épisode historique des « 13 parlementaires » qui, en pleine dictature mobutiste, avaient osé adresser une lettre mémorable de 52 pages au maréchal. Ils avaient créé un parti politique alors que cela était strictement interdit, affronté prison et relégation, mais sans jamais reculer.
Leur ténacité avait contribué à ouvrir la voie au fameux discours du 24 avril 1990 annonçant le retour au multipartisme.
Le contraste est flagrant, selon lui, avec la situation actuelle. Dans un contexte démocratique où la liberté d’expression est largement tolérée, même jusqu’aux limites de l’offense envers les autorités, certains acteurs préfèrent rester en retrait et mener une opposition « bourgeoise, virtuelle et exilée », coupée des réalités populaires.
Ceux qui, de l’intérieur, tentent encore de s’affirmer, peinent à convaincre. Mbikayi cite en exemple une réunion organisée à Kinshasa le week-end dernier par un leader politique qui n’a réussi à rassembler que quelques centaines de personnes. Son discours, souligne-t-il, s’est résumé à annoncer qu’il restait 1.180 jours au chef de l’État avant de plier bagages. Une approche que l’ancien ministre juge creuse et sans substance.
Pour Mbikayi, il n’y aura pas d’élections en 2028, car les conditions ne le permettent tout simplement pas. La guerre qui ravage l’Est du pays et l’occupation d’une partie du territoire national par une armée étrangère rendent impossible l’organisation d’un scrutin crédible et inclusif. Y aller malgré tout reviendrait, selon lui, à consacrer la balkanisation du pays.
Il appelle donc à un réalisme politique en rejetant toute perspective électorale tant que l’intégrité territoriale n’est pas rétablie.
Afin d’étayer son analyse, le député évoque des précédents internationaux. Il cite le cas de l’Ukraine, où le président Volodymyr Zelensky est resté en fonction malgré l’expiration de son mandat en mai 2024, la guerre avec la Russie ayant empêché toute organisation électorale.
En Syrie également, Bachar Al-Assad a prolongé son pouvoir au-delà des délais constitutionnels pour la même raison. Ces exemples, selon lui, démontrent que nulle part dans le monde démocratique on n’exige le départ mécanique d’un président lorsque l’existence même de l’État est menacée. Dès lors, penser que le mandat de Félix Tshisekedi prendra automatiquement fin en 2028 est une vue de l’esprit.
Steve Mbikayi pousse plus loin la réflexion en posant une question de fond : un mandat présidentiel est confié par l’ensemble du peuple sur l’ensemble du territoire. Que vaut-il lorsqu’une partie de ce territoire échappe au contrôle de l’État ? Peut-on affirmer que le temps continue de courir normalement, alors que le président ne peut exercer ses prérogatives sur l’ensemble de ses électeurs ? Ou faut-il considérer que le décompte ne reprend que lorsque l’intégrité territoriale est restaurée ? L’élu laisse cette interrogation ouverte, invitant chacun à formuler sa réponse.
Enfin, il regrette l’appauvrissement du débat politique national. À l’époque, rappelle-t-il, les grandes discussions se tenaient en direct à la télévision entre figures majeures, offrant à la population un spectacle d’idées et de contradictions utiles à la démocratie. Aujourd’hui, les plateaux sont saturés de « griots politiques », communicateurs rémunérés pour encenser ou invectiver, mais rarement pour débattre. Mbikayi assure qu’il reste disponible pour une confrontation publique et contradictoire avec tout leader de l’opposition, à condition que le débat se fasse sur un pied d’égalité, entre profils et parcours comparables.
Par cette tribune, Steve Mbikayi relance le débat sur l’avenir institutionnel du pays, en pleine insécurité à l’Est. Et si pour certains, 2028 marque déjà la fin du mandat de Tshisekedi, pour lui, la question est ailleurs : tant que la RDC n’aura pas retrouvé son intégrité territoriale, aucune échéance électorale crédible n’est envisageable.
ITK



