
Mardi, 17 mars 2026-« Accumulez outrage sur outrage, ne vous gênez pas, Monsieur, je vous connais, rien ne m’étonnera ; je suis résignée à tout, j’accomplirai mon devoir jusqu’au bout, je boirai le calice jusqu’à la lie, jusqu’à la mort. » écrivait Gustave Flaubert dans L’Éducation sentimentale (1869).
Dans le roman, cette résignation tragique traduit l’amertume d’une âme blessée qui choisit la dignité dans la souffrance. Au Sénat congolais, la même formule prend un tout autre relief. Un membre du bureau, visé par une motion de censure, semble aujourd’hui en avoir fait sa devise. Mais entre la posture littéraire et la réalité politique, le fossé est immense.
Cet élu n’est plus en odeur de sainteté dans sa propre majorité. Son crime ? Avoir publiquement défié la position de la plus haute autorité de l’Union sacrée de la Nation sur la problématique des réformes constitutionnelles.
À cela s’ajoute un grief plus prosaïque. Une inefficacité présumée dans l’exercice de ses fonctions au bureau de la chambre haute. Sur 120 sénateurs, plus de 80 auraient déjà paraphé la motion. Pour parler clair, les carottes sont cuites.
Tout homme politique soucieux de sa dignité aurait, dans ces conditions, présenté sa démission et quitté la table la tête haute. Lui non. Il préfère rester, exposé, et boire le calice jusqu’à la lie. Mais est-ce vraiment par résignation ? Ou plutôt par calcul ?
Car l’intéressé a déjà montré qu’il maîtrisait un certain mode d’emploi : créer un clash vers la fin de mandat. Se victimiser. Engager un bras de fer spectaculaire, puis officialiser sa sortie.
Témoin oculaire et victime expiatoire de sa malice, nous connaissons l’homme et son jeu. La stratégie avait parfaitement fonctionné sous Mobutu dans les années 1990 ; elle avait également porté ses fruits au sein du FCC. Mais fonctionnera-t-elle avec l’USN, dans un contexte politique profondément renouvelé ? Rien n’est moins sûr.
Il y a quelques semaines encore, sa cote était au plus bas dans la majorité, mais saluée dans une partie de l’opinion et de l’opposition. Son courage, réel ou simulé, de défier sa propre famille politique sur la Constitution lui valait des lauriers.
C’était son moment. Il aurait pu assumer jusqu’au bout cette posture de dissident. Mais face à la pétition, face à la peur de perdre ses privilèges, il a rétropédalé. En une séquence, le mythe s’est dégonflé.
Aujourd’hui, la majorité sénatoriale est déterminée à en découdre. Lui persiste, contre toute logique arithmétique, à jouer la montre et la provocation. Sur quoi compte-t-il ? Sur la fortune, dit-on, qui résoudrait tous les problèmes. Mais si, par l’absurde, il l’emportait, resterait-il encore dans la même famille politique ? Ou ce combat serait-il l’occasion d’officialiser un divorce déjà consommé dans les faits ?
Alors, que cherche-t-il vraiment en continuant de porter ce calice jusqu’à la lie ? Chez Flaubert, l’expression dit l’épuisement et l’honneur. Ici, elle semble plutôt rimer avec entêtement et aveuglement. La dignité commandait de partir. L’orgueil pousse à rester. Et en politique, lorsque l’orgueil parle sans la force, le calice se transforme vite en tombeau.
Une chose est sûre. Les sénateurs signataires, eux, ne comptent pas le laisser finir son breuvage en paix. Le combat sera sans pitié. Reste une question, que je vous pose, lecteurs : à votre avis, la sagesse n’aurait-elle pas dû, cette fois, primer sur la bravade ?



