
Dimanche, 22 février 2026-La passe d’armes entre l’ancien Premier ministre Bruno Tshibala et le député national Steve Mbikayi prend une nouvelle tournure. Dans une « Carte blanche n°184 », Steve Mbikayi répond point par point aux déclarations de Bruno Tshibala qui mettait en doute son parcours politique et la véracité de ses échanges avec les figures majeures du Front Commun pour le Congo (FCC).
Au cœur de la controverse : les prétendus entretiens que Mbikayi affirme avoir eus avec l’ancien président Joseph Kabila, avec Jaynet Kabila et avec Raymond Tshibanda, dans un contexte stratégique lié au positionnement du FCC à l’approche des échéances électorales.
Dans sa réplique, Steve Mbikayi assume un ton frontal. Il affirme que Bruno Tshibala n’était ni informé ni associé à ces discussions pour une raison simple : il n’en était pas un acteur central.
« Dans l’architecture du FCC, votre rôle était administratif, pas stratégique », écrit-il, laissant entendre que l’ancien chef du gouvernement ne faisait pas partie du cercle décisionnel rapproché autour de Joseph Kabila.
Mbikayi détaille même la chronologie des échanges : un long entretien téléphonique avec Joseph Kabila, une orientation vers Raymond Tshibanda, une visite au bureau de Jaynet Kabila à la Fondation Mzee, puis une rencontre à Procoki avec Tshibanda.
Selon lui, ces discussions portaient notamment sur l’option d’un basculement du FCC dans l’opposition afin de préparer 2023.
Il rapporte une phrase adressée à Tshibanda : « Un bon discours ne pèse pas lourd face à ceux qui tiennent les urnes. »
Le débat sur les « 35 ans de lutte »
Autre point de friction : l’ancienneté politique revendiquée par Steve Mbikayi. Bruno Tshibala avait contesté ses « 35 ans de lutte », les réduisant à un parcours syndical à l’Onatra avant son passage à l’AMP.
Mbikayi rétorque en retraçant son engagement dès la fin des années 1980 au sein de l’UDPS, évoquant la Direction politique rénovée (DPR), les années de répression, la détention à l’ANR et sa participation à la Conférence nationale souveraine (CNS) aux côtés de figures historiques comme Étienne Tshisekedi, Kibasa Maliba ou Antoine Gizenga.
Il oppose ainsi sa trajectoire de « vieux routier de la politique africaine » à celle qu’il décrit comme plus discrète de Bruno Tshibala au sein de l’UDPS, insinuant que ce dernier évoluait « dans l’ombre ».
L’argument électoral
Steve Mbikayi ne s’arrête pas à la légitimité historique. Il invoque également les résultats des élections de 2023, rappelant l’échec de Bruno Tshibala aux législatives et aux sénatoriales, ainsi que celui de ses proches candidats. Pour Mbikayi, le verdict des urnes tranche la question de l’ancrage populaire.
« Le suffrage, ce juge inflexible, avait parlé », écrit-il, dans une formule qui sonne comme un rappel brutal à la réalité électorale.
La réplique s’achève sur un défi : un débat télévisé public sur « l’histoire tourmentée de l’opposition en RDC ». Une proposition qui, si elle était acceptée, transformerait cette querelle épistolaire en confrontation directe.
Au-delà des piques personnelles, cette séquence révèle les tensions persistantes au sein de l’ancienne majorité kabiliste et, plus largement, les luttes de légitimité dans le récit de l’opposition congolaise.
Entre revendication d’antériorité militante, querelle d’influence au sein du FCC et rappel du verdict des urnes, Steve Mbikayi a choisi une ligne claire : contester à Bruno Tshibala toute prétention à minimiser son parcours, et remettre en cause, au passage, son poids politique réel.
ITK



