
Mercredi, 30 juillet 2025-Après un an d’intervention sanitaire d’urgence dans la zone de santé de Kibirizi, en territoire de Rutshuru, l’ONG Groupe d’Accompagnement aux Malades (GRAM) a officiellement clôturé son projet financé par le Fonds Humanitaire RDC. Ce retrait intervient dans un contexte humanitaire toujours critique, laissant plus de 250 000 personnes sans perspective claire d’assistance, selon les relais communautaires.
Lors d’une cérémonie organisée ce mardi à Kibirizi, en présence des autorités sanitaires locales et des représentants communautaires, le Dr Alain Bangirahe, responsable des activités santé de GRAM, a salué les acquis du projet : « Nous avons travaillé à consolider les bases du système local et à renforcer les capacités du personnel en place, afin d’assurer une certaine continuité des services, même après notre départ. »
Un appui vital pour une population vulnérable
Démarré en juillet 2024, le projet de GRAM visait principalement les personnes déplacées par les conflits armés, les retournés et les familles hôtes.
Grâce à son réseau de quatre centres de santé (Singa, Ibuga, Bwalanda et Kibingu) et deux cliniques mobiles à Kirima et Kihondo, plus de 138 000 consultations de soins primaires ont été dispensées.
Plusieurs cas critiques ont été référés vers des structures secondaires, dont l’Hôpital Général de Référence de Kibirizi, le CSR Nyanzale et le Centre Hospitalier Katwe.
« GRAM est intervenu quand tout s’était effondré. Sa présence a sauvé des vies, surtout chez les enfants et les femmes enceintes », témoigne Madame Kahindo Siherya, relais communautaire à Kibirizi.
Une sortie préparée mais un avenir incertain
Pour éviter une rupture brutale des services, l’ONG dit avoir mis en œuvre une stratégie de sortie progressive, articulée autour de trois axes :
1. Le renforcement des compétences du personnel local ;
2. L’appui à la gestion communautaire des structures de santé ;
3. Un plaidoyer actif auprès d’autres partenaires humanitaires pour assurer une continuité.
Mais sur le terrain, les inquiétudes dominent. « Très peu de partenaires restent actifs dans la zone de Kibirizi », alerte une source médicale locale.
En effet, seuls Médecins Sans Frontières (MSF), qui intervient uniquement pour les enfants de moins de 15 ans dans quatre aires de santé, et le Comité International de la Croix-Rouge (CICR), avec un appui limité au centre de santé de Nyanzale, sont encore présents.
Pire encore, le projet du CICR est également en phase de clôture, faisant craindre une vacance humanitaire totale dans les prochaines semaines.
Appel à l’action des bailleurs et du gouvernement
Les relais communautaires lancent un cri d’alarme. « Le départ de GRAM est une perte énorme. Sans nouveaux financements, notre système de santé va s’effondrer. Nous appelons les bailleurs à ne pas nous abandonner. »
Ce retrait, bien que planifié, illustre la fragilité du système de santé dans l’Est du pays, toujours exposé aux chocs sécuritaires et aux sous-financements chroniques.
Il relance aussi le débat sur la durabilité des projets humanitaires dans les zones à crise prolongée.
Jonathan TSONGO







