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Réfugiés, réconciliation et sécurité : le message de Ndayishimiye sur la crise congolaise !

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Samedi, 17 janvier 2026-À l’occasion de la cérémonie d’échange des vœux avec les missions diplomatiques et consulaires accréditées au Burundi, tenue le jeudi 14 janvier 2026, le président burundais Évariste Ndayishimiye a livré une longue et incisive intervention sur la situation sécuritaire et politique dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), où les tensions entre communautés comme les Banyamulenge, Bafuliro et Babembe s’inscrivent dans un contexte régional complexe. 

Le chef de l’État burundais a d’abord dressé le bilan des responsabilités régionales assumées par son pays en 2025, particulièrement en ce qui concerne la crise congolaise.

Il a rappelé que le Burundi avait déployé des troupes au Sud-Kivu à l’invitation de Kinshasa, avec pour double mission de protéger les populations civiles et de favoriser la réconciliation intercommunautaire.

“Les officiers ont une expérience en matière de réconciliation, non seulement pour sécuriser la population, mais aussi nous menons ces deux missions… lorsque les troupes burundaises sont arrivées au Sud-Kivu, les Banyamulenge, les Babembe et les Bafuliro, qui se combattaient, ils se sont réconciliés immédiatement n’eût été cette politique expansionniste qui est exécutée par le Rwanda. Sinon, au Sud-Kivu, on avait déjà réconcilié tout le monde…”

Par ces mots, M. Ndayishimiye a clairement attribué l’interruption du processus de paix local à l’influence d’acteurs extérieurs, en particulier le Rwanda, qu’il accuse d’avoir soutenu et encouragé le rebelle Mouvement du 23 mars (AFC/M23) dans la région — un point déjà largement débattu par Kinshasa et d’autres acteurs régionaux.

Le président burundais a également souligné que les tensions ne s’opposent plus au sein de la population civile et du pouvoir congolais, mais résultent de ce qu’il a qualifié d’“agression rwandaise”, expliquant que les Congolais ayant fui vers le Burundi ne sont pas des opposants politiques au gouvernement congolais, mais des victimes des violences sur le terrain :
“Même les réfugiés que nous accueillons ici sont considérés comme des déplacés : ils n’ont pas fui le pouvoir en place, mais l’agression de l’ennemi… Nous sommes heureux de constater que le gouvernement congolais a commencé à envoyer des émissaires pour assister ces réfugiés… Nous en sommes néanmoins reconnaissants. Nous compatissons toujours avec ces populations.”

Ce faisant, il a mis en avant la solidarité burundaise envers ces populations vulnérables, tout en reconnaissant les efforts du gouvernement congolais malgré les difficultés logistiques et humanitaires engendrées par cette crise.

Dans un long passage de son intervention, Ndayishimiye a insisté sur l’engagement et les responsabilités assumées par le Burundi au niveau régional, soulignant notamment :
La présidence de l’Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération pour la RDC et la région jusqu’en mai 2025, rôle dans lequel il affirme avoir fourni des efforts pour apaiser les tensions et contribuer au règlement pacifique du conflit.

La présidence du COMESA jusqu’en octobre 2025, et l’exercice de la première vice-présidence de l’Union africaine depuis février 2025, ainsi que la vice-présidence de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs, illustrations, selon lui, de la volonté de Bujumbura de peser pour la paix sur la scène continentale.

“Le Burundi n’est pas parti au conflit en RDC. Le Burundi est allé appuyer la RDC afin de sécuriser ses citoyens… C’est pour cette raison que nous continuons, autant que possible, à assurer une médiation en faveur de la paix dans cette région.”

Un avertissement à l’adresse de Kigali et un appel au dialogue

Sans jamais nommer directement Paul Kagame lors de cette cérémonie, le président burundais s’est néanmoins fait critiquer ouvertement le rôle du Rwanda, qu’il a jugé expansionniste et perturbateur des efforts de réconciliation. Il a ainsi confirmé les accusations récurrentes de soutien rwandais aux rebelles de l’AFC/M23 et à d’autres mouvements, en écho à des dénonciations antérieures faites par Bujumbura.

En marge de ces accusations, M. Ndayishimiye a même tendu la main à Kigali pour un retour à de meilleurs rapports de voisinage, en demandant l’extradition des responsables de groupes armés basés au Rwanda, qu’il considère comme une menace pour la sécurité du Burundi — une démarche qu’il a qualifiée de signe de volonté de dialogue et de paix plutôt que d’escalade.

L’intervention du président burundais dépasse largement le cadre congolais pour inscrire la crise dans une dynamique régionale plus large. Il n’a pas manqué de rappeler que l’instabilité dans l’Est de la RDC constitue aujourd’hui une menace pour l’ensemble de la région des Grands Lacs, appelant à une coordination accrue entre les Nations unies, l’Union africaine, la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs et les États de la sous-région pour endiguer et résoudre durablement le conflit.

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