
Lundi, 19 mai 2025-La tension monte autour de la procédure visant la levée des immunités de l’ancien président congolais et sénateur à vie, Joseph Kabila. À la tête de la commission spéciale du Sénat chargée d’examiner cette demande formulée par la Haute Cour militaire, Christophe Lutundula Apala est désormais dans le viseur de certains proches de Kabila, notamment José Makila, ancien sénateur et cadre du Front Commun pour le Congo (FCC), qui multiplie les attaques virulentes contre lui.
Depuis son exil médical aux États-Unis, José Makila a publié une déclaration incendiaire dans la presse, ce lundi 19 mai 2025. Il y dénonce ce qu’il qualifie d’ »attitude indigne de M. Christophe Lutundula », à qui il reproche de vouloir dépouiller Joseph Kabila de son statut de sénateur à vie.
Selon Makila, le président de la commission spéciale serait animé par une obsession personnelle contre l’ancien chef de l’État et chercherait, à travers cette procédure, à offrir sa « tête » à l’actuel président, Félix Tshisekedi.
Ces accusations aux relents de menace sont perçues par certains comme une tentative d’intimidation dirigée contre Lutundula, ancien ministre des Affaires étrangères et figure respectée de la scène politique congolaise.
Réplique de l’entourage de Lutundula
Les proches de Christophe Lutundula ont vivement réagi. Ils dénoncent des propos « infondés et dénués de toute rationalité », rappelant que la commission spéciale est un organe pluraliste composé de 40 membres issus de toutes les tendances politiques et des différentes provinces du pays.
« José Makila, en tant qu’ancien sénateur, connaît parfaitement le fonctionnement de telles commissions », rappelle un membre de la chambre haute. « Il feint pourtant de l’ignorer, poussé par la haine, au risque d’induire l’opinion publique en erreur. » Et de préciser : « La commission est représentative des 26 provinces et de la ville de Kinshasa, ainsi que de 13 groupes politiques du Sénat. Comment Christophe Lutundula, bien qu’il en soit le président, pourrait-il décider seul du sort de Joseph Kabila ? »
Makila accusé de manipulation
Un député national du regroupement politique AB, auquel appartient Christophe Lutundula, s’interroge lui aussi : « Sur quelle base José Makila fonde-t-il ses accusations ? Le rapport de la commission n’a même pas encore été établi. »
Il précise que celle-ci dispose de 72 heures, à compter du lundi 19 mai, pour remettre son rapport à l’Assemblée plénière.
L’entourage de Lutundula accuse Makila de chercher à manipuler l’opinion en se présentant comme une victime politique, alors que son passé est entaché de plusieurs scandales de gestion lorsqu’il dirigeait le ministère des Transports et présidait le conseil d’administration de l’ex-Onatra.
Une attaque pour plaire à Kabila ?
Certains observateurs politiques vont plus loin. Pour un sénateur du Grand Katanga, cette sortie médiatique de Makila n’a pour but que d’attirer l’attention de « leur gourou que l’on dit inaccessible », en l’occurrence Joseph Kabila.
« Il s’est ridiculisé en s’attaquant à une commission dont les décisions relèvent d’un processus collectif », affirme-t-il.
Un autre sénateur, du Sankuru cette fois, rappelle que Christophe Lutundula est un homme déterminé et incorruptible. « Il a le sang de Lumumba. Ce n’est pas un exilé médical, accusé de malversations financières, qui va le faire plier. »
Il convient de rappeler que Joseph Kabila n’a pas encore été inculpé ni condamné. Cependant, l’auditeur général près la Haute Cour militaire l’accuse de participation à un mouvement insurrectionnel, de haute trahison, et d’intelligence avec une puissance étrangère — le Rwanda — et les éléments du M23, pour mener des actions hostiles contre la République.
C’est dans ce cadre que la Haute Cour militaire a transmis un réquisitoire au Sénat pour solliciter la levée des immunités de l’ancien président, condition préalable à l’ouverture d’éventuelles poursuites.
Une commission au cœur du processus
En réponse, le Sénat a mis sur pied une commission spéciale chargée d’examiner la recevabilité et la pertinence de cette demande. Cette structure collégiale auditionnera, avant toute recommandation, l’auditeur général à l’origine du réquisitoire et, éventuellement, Joseph Kabila lui-même.
Mais pour José Makila, il semble que le sort de l’ancien président repose entre les seules mains de Christophe Lutundula. Une vision erronée, rappellent plusieurs voix au Sénat, soulignant que seul le vote des 108 sénateurs élus – en plus du sénateur à vie – déterminera la suite du processus.
ITK



