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RDC : face au déficit électrique, la SNEL mise sur une centrale flottante de 134 MW et interpelle l’État sur ses impayés !

Vendredi , 2 octobre 2026-La crise de l’électricité qui frappe Kinshasa s’installe au cœur des préoccupations nationales. Alors que les délestages se multiplient dans plusieurs quartiers de la capitale, la Société nationale d’électricité (SNEL SA) tente de répondre à l’urgence tout en mettant en lumière les difficultés structurelles qui fragilisent son fonctionnement.

Face à la presse, jeudi 1er octobre 2026, lors d’un briefing organisé avec le ministère de la Communication et des Médias, le directeur général de la SNEL, Teddy Lwamba, a livré un diagnostic des difficultés auxquelles est confronté l’opérateur national et présenté une solution d’urgence : le recours à une centrale électrique flottante de 134 mégawatts (MW).

Selon l’Agence congolaise de presse (ACP), cette solution est envisagée dans le cadre d’un partenariat avec Karpowership, spécialisée dans les centrales électriques flottantes. L’objectif est d’injecter rapidement une puissance supplémentaire dans le réseau congolais afin d’atténuer le déficit énergétique. Le DG de la SNEL évoque un déploiement en moins d’un mois.

La baisse du niveau des eaux met la production sous pression

Pour expliquer les coupures actuelles, Teddy Lwamba a notamment évoqué un facteur conjoncturel particulièrement préoccupant : la baisse importante du niveau des eaux.

La SNEL dépend historiquement largement de la production hydroélectrique. Lorsque les niveaux d’eau diminuent, les capacités disponibles dans certaines installations sont directement affectées. « Des machines sont à l’arrêt », a indiqué le directeur général, cité par plusieurs médias présents ou relayant son intervention.

Cette situation intervient alors que la demande en électricité continue de progresser, notamment dans une agglomération comme Kinshasa où les besoins des ménages, des entreprises et des services publics augmentent.

Le problème est donc double : une offre qui se contracte au moment où la demande reste élevée.

Des données évoquées à l’occasion du briefing font état d’une puissance disponible autour de 600 MW pour une demande pouvant atteindre environ 1 200 MW à Kinshasa. À ce niveau, même une injection supplémentaire de 134 MW permettrait surtout de réduire une partie du déficit, sans le faire disparaître.

Un bateau-centrale pour répondre à l’urgence

C’est dans ce contexte que la SNEL se tourne vers une solution peu conventionnelle pour la RDC : une centrale électrique installée sur un bateau.

Le projet prévoit, dans une première phase, l’injection de 134 MW supplémentaires. Les discussions avec Karpowership ont porté sur l’installation de cette centrale flottante à Matadi, avec l’objectif de renforcer l’offre disponible sur le réseau.

Pour Teddy Lwamba, cette solution présente surtout l’avantage de la rapidité. Contrairement à la construction d’une nouvelle centrale classique, une centrale flottante peut être déployée dans des délais relativement courts.

Le directeur général estime que cette opération pourrait permettre une amélioration d’environ 20 % de la desserte, notamment à Kinshasa.

Il s’agit cependant d’une réponse d’urgence. Elle ne règle pas, à elle seule, les problèmes liés à l’état des infrastructures, au financement du secteur, au recouvrement des factures ou encore à l’insuffisance structurelle de l’offre.

L’autre crise : les finances de la SNEL

Au-delà du déficit de production, Teddy Lwamba a insisté sur une autre difficulté majeure : la situation financière de la SNEL.

Selon ses explications, l’État représente environ 25 % de la consommation d’électricité, mais certaines institutions publiques ne s’acquittent pas régulièrement de leurs factures.

« Les instances officielles ne paient pas », a-t-il déclaré, soulignant ainsi le poids des créances publiques sur la trésorerie de l’entreprise.

Pour une entreprise chargée de produire, transporter et distribuer l’électricité, ces impayés ont des conséquences directes. L’entretien des centrales, le renouvellement des équipements, l’achat des pièces de rechange et la modernisation du réseau nécessitent des ressources financières importantes.

Le problème est d’autant plus complexe que la SNEL doit assurer une mission de service public tout en fonctionnant comme une société commerciale.

Quand les délestages fragilisent aussi le paiement des abonnés

La SNEL fait également face à un autre paradoxe : les coupures d’électricité peuvent à leur tour fragiliser le recouvrement auprès des abonnés.

Des ménages et des entreprises confrontés à une desserte irrégulière peuvent éprouver des difficultés à accepter le coût d’un service qu’ils considèrent comme insuffisant.

À cela s’ajoutent les pertes liées aux raccordements frauduleux. Selon les éléments présentés par la direction de la SNEL, ces branchements entraînent une consommation non facturée, mais également une surcharge des cabines et des réseaux, avec des risques de pannes et d’incendies.

Le problème dépasse donc la seule production : il touche également la distribution, le recouvrement et la gestion du réseau.

Face à cette équation difficile, Teddy Lwamba plaide pour une intervention plus importante de l’État dans le financement du secteur.

Le DG de la SNEL propose notamment la mise en place d’une subvention publique au secteur de l’électricité, sur le modèle de mécanismes de soutien existant dans d’autres secteurs stratégiques.

L’objectif serait de permettre à la SNEL de disposer de ressources suffisantes pour assurer ses missions, entretenir ses infrastructures et investir dans de nouvelles capacités.

Cette demande pose toutefois une question plus large : comment financer durablement le service public de l’électricité en RDC ?

Car augmenter la production ne suffit pas. Il faut également pouvoir transporter cette énergie, la distribuer correctement, entretenir les équipements et financer leur renouvellement.

Une crise qui dépasse le seul bateau-centrale

Le projet de centrale flottante apparaît ainsi comme une réponse immédiate à une situation d’urgence. Mais il ne constitue pas, à lui seul, une solution définitive au déficit énergétique congolais.

La RDC dispose d’un potentiel hydroélectrique considérable, mais celui-ci nécessite des investissements importants pour être pleinement exploité. La modernisation et la réhabilitation des infrastructures existantes, notamment celles liées au complexe d’Inga, restent donc au cœur des enjeux.

La diversification du mix énergétique apparaît également comme une piste évoquée par la SNEL. L’entreprise entend notamment s’ouvrir davantage à d’autres sources de production afin de réduire sa dépendance à l’hydroélectricité. Teddy Lwamba a présenté le partenariat avec Karpowership comme s’inscrivant dans cette volonté de diversifier les sources de production.

Pour les Kinois, ces considérations techniques et financières se traduisent par une réalité quotidienne : les coupures d’électricité.

Les délestages perturbent les activités économiques, le fonctionnement des commerces, les ménages, les services et de nombreuses petites entreprises qui dépendent de l’électricité pour fonctionner.

L’arrivée annoncée de 134 MW pourrait donc apporter un soulagement si le projet est effectivement conclu et déployé dans les délais annoncés.

Mais l’enjeu dépasse désormais cette seule capacité supplémentaire.

La question fondamentale est celle de la capacité de la RDC à construire un modèle électrique durable : produire suffisamment, payer les coûts réels du service, recouvrer les factures, lutter contre la fraude, moderniser le réseau et financer les investissements nécessaires.

Le bateau-centrale peut constituer une réponse à l’urgence. La résolution durable de la crise, elle, nécessitera des investissements beaucoup plus profonds et une clarification des responsabilités financières entre l’État, la SNEL et les consommateurs.

À travers son intervention, Teddy Lwamba a ainsi mis en évidence les deux faces de la crise actuelle : un déficit physique d’électricité et un déficit financier qui limite les capacités de l’opérateur à y répondre.

La centrale flottante de 134 MW est appelée à apporter une bouffée d’oxygène. Reste désormais à savoir si cette bouffée permettra de gagner suffisamment de temps pour engager les réformes structurelles dont le secteur électrique congolais a besoin.

ITK

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