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RDC : L’opposition face à un dilemme cornélien (Carte blanche de Steve Mbikayi) ! 

Mercredi, 2 septembre 2026-À peine le Chef de l’État a-t-il annoncé l’ouverture d’un dialogue national élargi aux forces vives de la nation que la Coalition C64, a choisi de maintenir sa marche du 15 septembre 2026. Elle conteste les consultations populaires envisagées, envisagées par le Président de la République dans ce processus, tout en appelant la population à descendre dans la rue.

Cette posture soulève une interrogation fondamentale : comment prétendre défendre le peuple tout en récusant sa participation à un dialogue qui le concerne au premier chef ? Une opposition peut contester les modalités des assises projetées, en exiger des garanties de transparence, de représentativité et d’inclusivité. Mais elle ne peut, sans créer une apparente aporie politique, laisser entendre que le peuple devrait demeurer à l’écart d’une consultation portant sur l’avenir du pays.

Le paradoxe est d’autant plus manifeste que certains responsables de l’opposition réclament une place déterminante dans la future configuration du pouvoir, notamment la Primature. Or, la Constitution qu’elle prétend défendre ne reconnaît pas à l’opposition un droit à ce poste. Le Premier ministre est nommé au sein de la majorité parlementaire, après consultation de celle-ci.

Revendiquer le partage du pouvoir sans disposer d’un mandat parlementaire correspondant alimente une perception : derrière le combat pour la Constitution se profile visiblement une bataille de positionnement dans les institutions.

L’opposition aurait pu faire preuve de davantage de sagacité. Au lieu de donner l’impression que sa mobilisation se réduit à une querelle de préséance institutionnelle, elle pouvait placer au cœur de son message les souffrances concrètes des Congolais, dont l’insécurité qui meurtrit l’Est du pays, des dizaines des milliers des déplacés et l’angoisse quotidienne des familles consécutives aux vicissitudes de la vie sociale.

C’est sur ce terrain que se gagne une mobilisation populaire durable. Car, en politique comme dans la vie publique, les peuples ne suivent pas seulement ceux qui dénoncent ; ils suivent surtout ceux qui savent nommer leurs blessures et esquisser un chemin vers l’espérance. Une marche portant d’abord les préoccupations quotidiennes de la population aurait eu une portée plus vaste. Elle aurait permis d’introduire ensuite, sans artifice et sans confusion, les exigences politiques que l’opposition juge nécessaires.

En maintenant une marche qui conteste un dialogue auquel les citoyens sont conviés, la C64 prend le risque de s’isoler de l’opinion qu’elle ambitionne pourtant de représenter. À défaut d’un message mieux arrimé aux réalités sociales, sa mobilisation pourrait ne pas susciter l’élan espéré. Et un nouveau report, une annulation ou une faible participation accentuerait inévitablement son affaiblissement politique.

Le danger est ailleurs encore : vraisemblablement, le boycott ne fera pas l’unanimité au sein de l’opposition, certaines de ses composantes pourraient se présenter au dialogue en ordre dispersé, en « pièces détachées ». Face à une société civile organisée et à une majorité parlementaire compacte, elles pèseraient alors moins lourd dans la définition des grandes orientations nationales.

C’est là que se noue le dilemme de la C64. Maintenir la marche, c’est courir le risque d’un revers politique et d’une démonstration de faiblesse. L’annuler ou la reporter, c’est s’exposer au reproche d’avoir reculé, maintes fois, après avoir élevé le ton. Entre la volonté de demeurer ferme et la nécessité de ne pas se couper du pays réel, l’opposition se trouve devant un véritable dilemme cornélien.

Comme l’écrivait Victor Hugo, « rien n’est plus puissant qu’une idée dont l’heure est venue ». Encore faut-il que cette idée épouse les aspirations profondes du peuple, plutôt que les seuls calculs des appareils politiques.

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