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ONAPAC : pourquoi la Directrice générale est-elle devenue la cible d’une vaste campagne de déstabilisation ?

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Mardi, 9 juin 2026-Depuis plusieurs semaines, l’Office National des Produits Agricoles du Congo (ONAPAC) est au centre d’une vive controverse alimentée par des révélations médiatiques, des enregistrements audio et des accusations visant sa Directrice générale. Dans l’opinion publique, cette affaire est présentée par certains comme un dossier de mauvaise gouvernance. Pourtant, à mesure que de nouveaux éléments émergent, une autre lecture des événements prend forme. Pour plusieurs observateurs, ce qui se joue actuellement au sein de l’ONAPAC pourrait être bien plus qu’une simple querelle administrative : il s’agirait d’un affrontement entre une politique d’assainissement de la filière cacao et de puissants intérêts économiques menacés dans l’Est de la République démocratique du Congo.

Selon des sources proches du dossier, la campagne médiatique actuellement dirigée contre la Directrice générale aurait été précédée par la diffusion d’enregistrements sonores dont l’authenticité du contenu et le contexte font l’objet de nombreuses interrogations. Les mêmes sources estiment que ces éléments auraient été volontairement tronqués dans le but de jeter le discrédit sur la gestion de la dirigeante de l’établissement public.

Au cœur de cette affaire se trouve notamment la mutation de Nicodème Mulumba wa Kasongo, un cadre de l’ONAPAC bien connu dans les provinces de l’Est. Contrairement à ce que certains commentaires laissent entendre, cette décision n’aurait pas été prise unilatéralement par la Direction générale.

Elle résulte d’un arrêté signé par le Ministre d’État, ministre de l’Agriculture, en sa qualité d’autorité de tutelle de l’ONAPAC. Affecté dans le sous-secteur de Mobayi-Mbongo, dans le Nord-Ubangi, l’agronome aurait vu son départ susciter de vives réactions au sein de certains milieux impliqués dans le commerce du cacao.

Pour les défenseurs de cette mesure, cette mutation s’inscrivait dans une volonté de réorganisation et de restauration de l’autorité de l’État dans une filière régulièrement confrontée à des problèmes de fraude et de contrebande. C’est précisément cette décision qui aurait marqué le début des hostilités contre la Direction générale.

Une guerre contre les réseaux de fraude qui dérange

Plusieurs sources locales évoquent l’existence de circuits parallèles d’exportation du cacao opérant entre les territoires de Beni, Mambasa et Komanda. Selon ces informations, une partie importante de la production nationale échapperait aux canaux officiels avant d’être évacuée vers les pays voisins par diverses voies de contrebande, notamment à travers le Lac Albert ou encore par les passages situés dans la zone de Boga et de la rivière Semuliki.

La Direction générale de l’ONAPAC aurait entrepris, depuis plusieurs mois, de renforcer les mécanismes de contrôle afin de réduire ces pertes économiques. Ces initiatives auraient notamment conduit au démantèlement de certains réseaux opérant à Beni, obligeant leurs animateurs à déplacer leurs activités vers d’autres zones de l’Ituri.

Dans ce contexte, plusieurs acteurs du secteur agricole estiment que les résistances observées aujourd’hui seraient directement liées aux efforts entrepris pour assainir la chaîne de commercialisation du cacao. Les pertes attribuées à la fraude sont considérables. Certaines estimations avancent plus de 50 000 tonnes de cacao qui quitteraient chaque année les circuits légaux sur l’axe Mambasa-Beni. Si ces chiffres se confirmaient, les conséquences pour les finances publiques seraient énormes, privant l’État congolais de recettes fiscales importantes.

Au-delà de l’aspect économique, plusieurs analystes soulignent également les implications sécuritaires de ces trafics. Dans une région marquée par l’activisme de groupes armés et par une insécurité persistante, les revenus générés par les filières clandestines pourraient contribuer au financement d’activités criminelles et à la perpétuation de l’instabilité.

Entre réformes, pressions et bataille d’influence

L’autre dimension de cette affaire concerne les soupçons de complicités au sein même de l’appareil de gouvernance de l’ONAPAC. Des accusations circulent quant à l’existence d’un réseau d’influence capable d’agir discrètement depuis certaines instances dirigeantes de l’établissement.

Selon plusieurs témoignages recueillis dans le cadre de cette affaire, des documents internes non validés auraient été transmis à des acteurs politiques afin d’alimenter les critiques contre la Direction générale. Certains observateurs évoquent même l’existence d’une stratégie visant à obtenir l’annulation de certaines décisions administratives prises dans le cadre des réformes engagées par la tutelle.

Les soutiens de la Directrice générale considèrent que son principal tort est d’avoir engagé une lutte frontale contre les réseaux qui profitent des faiblesses structurelles de la filière cacao. Ils citent notamment le rapprochement opéré avec l’ASSECCAF ainsi que les démarches entreprises pour mettre en place une task force chargée de renforcer les contrôles en Ituri et au Nord-Kivu.

Face à cette situation, plusieurs organisations de la société civile appellent le gouvernement à ne pas céder aux campagnes de pression et à poursuivre les efforts d’assainissement engagés dans la filière cacao. Elles estiment que les enquêtes doivent permettre d’identifier les véritables responsables des réseaux de fraude et les éventuelles protections dont ils bénéficieraient.

À mesure que l’affaire évolue, une conviction gagne du terrain parmi les défenseurs des réformes : les attaques visant la Directrice générale de l’ONAPAC ne seraient pas uniquement dirigées contre une personne, mais contre une politique de redressement qui menace des intérêts solidement installés depuis plusieurs années.

Derrière la polémique actuelle se dessine ainsi une lutte plus profonde entre la volonté de restaurer l’autorité de l’État et celle de préserver des privilèges bâtis sur l’exploitation illégale d’une filière stratégique pour l’économie congolaise.

 

ITK

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