Mercredi, 8 juillet 2026-Dans sa carte blanche n°292, Steve Mbikayi Mabuluki s’invite, une fois de plus dans le débat sur le dialogue politique en République démocratique du Congo. Le Député national et Président national du Parti Travailliste estime que, si le dialogue demeure un instrument indispensable dans toute démocratie, il ne peut être présenté comme la solution à la crise que traverse actuellement le pays.
Pour Steve Mbikayi, la RDC fait face à une crise « multiforme », c’est-à-dire une crise où s’entremêlent les dimensions sécuritaires, humanitaires, sanitaires, économiques et sociales. En s’appuyant sur les sciences politiques, il explique que ces différentes vulnérabilités ne sont pas indépendantes les unes des autres, mais qu’elles se renforcent mutuellement, affaiblissant progressivement les capacités de l’État.
À ses yeux, réduire cette réalité complexe à un simple désaccord entre majorité et opposition constitue une erreur d’analyse. « Réduire la crise congolaise à un affrontement politique interne revient à ignorer sa nature hybride et en partie exogène », affirme-t-il, estimant que les difficultés du pays dépassent largement le cadre des rivalités politiques nationales.
L’élu souligne qu’aucun dialogue politique, aussi inclusif soit-il, ne peut, à lui seul, neutraliser les ingérences régionales qui alimentent l’insécurité dans l’Est du pays, démanteler les groupes armés soutenus par des intérêts étrangers, répondre à la détresse humanitaire de millions de déplacés internes, reconstruire les infrastructures détruites par des décennies de conflits ou encore faire face aux urgences sanitaires provoquées par des épidémies comme la Mpox, le Choléra et Maladie à virus Ebola. Il ajoute que le dialogue ne saurait davantage, à lui seul, remettre durablement sur pied une économie qu’il qualifie de structurellement fragilisée.
Steve Mbikayi revient également sur les précédents dialogues organisés en RDC. Selon lui, l’histoire politique du pays montre que ces rencontres débouchent généralement sur des compromis institutionnels, des gouvernements d’union nationale ou encore l’intégration d’anciens groupes armés dans les forces de défense. Si ces arrangements permettent parfois d’apaiser les tensions à court terme, ils ne règlent pas les causes profondes de la crise.
Pire, poursuit-il, ces processus finissent souvent par créer de nouveaux mécontents. Les acteurs qui se sentent exclus du partage du pouvoir rejoignent ensuite l’opposition, voire prennent les armes pour certains, alimentant ainsi un nouveau cycle de contestation qui conduit, quelques années plus tard, à l’organisation d’un autre dialogue.
Face à ce qu’il qualifie de « piège de l’éternel recommencement », le président du Parti Travailliste plaide pour un changement d’approche. Il estime que la RDC a certes besoin d’un dialogue politique permanent, mais surtout d’une stratégie nationale cohérente, capable de coordonner les réponses sécuritaires, diplomatiques, économiques, humanitaires et sanitaires.
Pour Steve Mbikayi, seule une telle approche permettra de s’attaquer aux racines de la crise. À défaut, conclut-il, « chaque dialogue ne sera qu’une parenthèse politique dans une crise qui, elle, restera entière ».


