Lundi, 7 septembre 2026-Le ministre des Ressources hydrauliques et de l’Électricité, Molendo Sakombi, a présenté l’état d’avancement des réformes et des principaux projets engagés dans les secteurs de l’électricité et de l’eau potable en République démocratique du Congo. Cet exercice de redevabilité, organisé dans le cadre du Gouvernement Suminwa II, a permis de dresser le bilan des réalisations depuis 2019 et de présenter les perspectives destinées à améliorer l’accès des populations aux services essentiels et à soutenir l’industrialisation du pays.
La RDC dispose d’un potentiel hydroélectrique estimé à 167 000 MW, ce qui en fait l’un des pays les mieux dotés au monde en ressources énergétiques. Pour Molendo Sakombi, le fleuve Congo, deuxième fleuve mondial par son débit, constitue un atout majeur pour la souveraineté énergétique et le développement économique national.
Malgré ces importantes ressources, l’accès à l’électricité demeure limité. Selon les chiffres présentés par le ministre, environ une personne sur cinq bénéficie actuellement de l’électricité.
Dans le secteur de l’eau potable, le taux de couverture serait passé de 8 % en 2019 à 22 % aujourd’hui, selon les données évoquées de la Banque mondiale.
Les besoins restent toutefois considérables. La RDC compte encore près de 78 000 villages à électrifier, tandis que l’industrie minière accuse un déficit énergétique estimé à environ 2 000 MW, alors même que ce secteur contribue à plus de la moitié des recettes du budget national.
Kakobola et ANSER au cœur de l’électrification
Parmi les projets mis en avant figure la centrale hydroélectrique de Kakobola, d’une capacité de 10,5 MW. Après la levée de plusieurs contraintes techniques et financières, le projet a été relancé et doit notamment contribuer à l’alimentation électrique de Kikwit, Idiofa et d’autres zones concernées par le programme.
Le déploiement de compteurs intelligents prépayés accompagne également cette dynamique. À terme, la centrale devrait bénéficier à 20 000 à 30 000 ménages, soit près de 200 000 personnes.
Le ministre a également présenté le bilan de l’Agence nationale des services énergétiques en milieux rural et périurbain (ANSER). L’établissement dispose d’un portefeuille de 65 projets répartis à travers le territoire national.
Sur les 22 projets achevés mais restés longtemps inactifs en raison de contraintes juridiques et administratives, plusieurs ont été remis en service. Aujourd’hui, sept centrales sont opérationnelles, notamment dans les localités de Randanga, Basankusu et Bolombo, avec un impact estimé à près de 100 000 ménages, soit environ 700 000 bénéficiaires.
Miser sur le partenariat public-privé et le mix énergétique
Face au défi de l’électrification des dizaines de milliers de villages encore privés d’énergie, le Gouvernement entend renforcer la participation du secteur privé.
La nouvelle stratégie repose sur un mix énergétique associant l’hydroélectricité, le solaire et d’autres sources d’énergies renouvelables. L’objectif est d’accélérer le déploiement des infrastructures aussi bien dans les zones rurales que dans les centres urbains.
Le secteur de l’eau potable connaît également des avancées importantes. À Kinshasa, les modules 2 et 3 de production d’eau potable ont été mis en service.
Ces nouvelles installations produisent environ 330 000 mètres cubes d’eau par jour et devraient desservir près de 6 millions d’habitants dans dix communes de la capitale.
À Kamina, une nouvelle centrale d’eau potable bénéficie directement à environ 230 000 personnes. Selon le ministre, cette infrastructure constitue une avancée historique pour cette ville, qui attendait une telle réalisation depuis l’indépendance de la RDC.
Katende, Inga 3, Zongo et Maluku parmi les priorités
Plusieurs grands projets structurants figurent désormais parmi les priorités du ministère.
Concernant le barrage de Katende, Molendo Sakombi a annoncé que la première turbine devrait entrer en service en décembre 2027, sous le suivi des équipes techniques du Gouvernement.
Le projet Inga 3, d’une capacité envisagée de 11 000 MW, demeure également au centre de la stratégie énergétique nationale. La priorité actuelle consiste à renforcer sa bancabilité afin de faciliter la signature de contrats d’achat d’électricité avec les pays membres de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC).
Parallèlement, un projet énergétique de 2 x 500 MW est prévu pour soutenir principalement l’industrie minière. Sur cette capacité, 100 MW devraient être réservés à la population à travers la Société nationale d’électricité (SNEL).
À Kinshasa, les efforts portent notamment sur la réhabilitation du réseau de distribution, la suppression des points noirs et la modernisation des cabines basse tension.
Le ministre a également annoncé la réhabilitation de la centrale de Zongo, qui permettra d’injecter 75 MW supplémentaires sur le réseau national. Un projet solaire de 100 MW à Maluku devrait, quant à lui, être lancé l’année prochaine, les études étant presque achevées.
Un objectif de triplement de l’accès à l’électricité
La RDC ambitionne de tripler son taux d’accès à l’électricité au cours des cinq à dix prochaines années, grâce à une mobilisation accrue des financements publics et privés.
À plus long terme, le Gouvernement estime qu’un horizon de 10 à 15 ans sera nécessaire pour électrifier une grande partie du territoire national.
Pour réduire les délestages, la stratégie repose sur l’assainissement du réseau de la SNEL, le renforcement de la production nationale et l’intégration progressive des nouveaux projets énergétiques.
Dans la province du Kwango, le Gouvernement a inscrit parmi ses priorités la construction de la ligne Bukangalonzo-Kenge, dont le coût est évalué entre 22 et 24 millions de dollars américains.
Les études de faisabilité du projet Kakobola 2, d’une capacité de 15 MW, sont également finalisées. Le démarrage des travaux est prévu l’année prochaine. Avec les deux centrales, la capacité énergétique du Kwango pourrait atteindre 25 MW.
Sur le plan régional, le ministre a présenté un projet d’interconnexion électrique entre la RDC et l’Angola, à travers une ligne de 1 450 kilomètres reliant Malange à Afungirome.
Cette infrastructure devrait permettre à la RDC d’importer une partie du surplus énergétique estimé à 2 000 MW disponible en Angola et de renforcer l’intégration énergétique régionale. Selon les projections présentées, le projet pourrait être réalisé dans les 24 mois suivant le lancement des travaux.
Pioka-Tombe, un nouveau projet stratégique
Le projet hydroélectrique de Pioka-Tombe, d’une capacité estimée à 6 450 MW, figure également parmi les nouvelles ambitions énergétiques du Gouvernement.
Adopté en Conseil des ministres, le projet fait actuellement l’objet d’une actualisation des études réalisées en 1978 par Electroconsult. Cette phase devrait être finalisée dans un délai de trois à six mois avant le lancement du processus de clôture financière.
La répartition prévisionnelle de la production prévoit notamment 2 000 MW pour le Congo-Brazzaville, 2 000 MW pour le secteur minier et 1 000 MW pour l’alimentation de Tshikapa et du Kongo-Central.
Former les jeunes et renforcer la gouvernance
Dans le cadre de la politique de création d’emplois, une première cohorte de 500 jeunes a été formée à l’Institut national de préparation professionnelle (INPP) dans les métiers de l’eau et de l’électricité.
L’objectif est de faciliter leur intégration professionnelle au sein de la SNEL, de l’ANSER, de la Régie des eaux ainsi que dans les différents projets énergétiques en cours.
Abordant la question des constructions sous les pylônes et dans les emprises de la SNEL, le ministre a rappelé les risques importants que représentent ces occupations pour la sécurité publique, la santé des populations et la stabilité des infrastructures électriques.
Il a insisté sur le fait que les opérations d’expropriation ou de démolition doivent être menées dans le strict respect des dispositions légales, en collaboration avec les services compétents et avec indemnisation lorsque la loi le prévoit.
Trois priorités pour transformer le secteur
En conclusion, Molendo Sakombi a réaffirmé que la stratégie du ministère repose sur trois piliers majeurs : améliorer les services destinés à la population, garantir une énergie suffisante pour soutenir l’industrie minière et créer un environnement favorable aux investisseurs.
Le ministre a également annoncé un projet de mise en place d’unités locales d’assemblage de panneaux solaires, avec l’importation des composants suivie de leur assemblage en RDC.
Cette initiative devrait s’accompagner de la construction de trois à cinq centrales photovoltaïques, en partenariat avec le ministère de l’Industrie.
Enfin, Molendo Sakombi a proposé l’organisation prochaine d’une séance spéciale de redevabilité consacrée au secteur de l’énergie. Elle réunirait notamment les directeurs généraux de la SNEL, de la Régie des eaux et de l’ANSER, avec des lignes téléphoniques ouvertes au public afin de garantir une meilleure cohérence des données et d’instaurer un dialogue direct avec les usagers.
ITK


