Mercredi, 8 juillet 2026-Le rarissime phénomène d’échouage et d’enfouissement d’une baleine morte sur le littoral de Banana, dans le territoire de Muanda, province du Kongo Central, continue de susciter de nombreuses interrogations au sein de l’opinion publique congolaise et au-delà des frontières nationales.
Après avoir suivi avec stupéfaction l’arrivée de ce mammifère marin géant sur les plages congolaises, plusieurs observateurs, scientifiques et défenseurs de l’environnement cherchent désormais à comprendre les véritables causes ayant conduit à cet événement inhabituel, qui alimente depuis plusieurs jours commentaires, analyses et inquiétudes.
Parmi les organisations engagées dans la protection des écosystèmes marins qui se sont saisies de cette problématique figure l’Alerte Congolaise pour l’Environnement et les Droits de l’Homme (ACEDH). Dans un communiqué publié le 4 juillet 2026, cette organisation a exprimé ses préoccupations quant à la manière dont la baleine échouée a été prise en charge, appelant les autorités congolaises à diligenter une enquête environnementale approfondie.
Pour l’ACEDH, une telle démarche permettrait d’établir les causes exactes de cet incident et de renforcer la crédibilité de la République démocratique du Congo dans le respect de ses engagements en faveur de la conservation de la biodiversité marine.
Son secrétaire exécutif, Olivier Ndole, estime que plusieurs hypothèses méritent d’être examinées, notamment celles liées aux activités humaines en mer, aux éventuels impacts des opérations d’exploration pétrolière, aux mouvements des équipements industriels ou encore à une possible pollution des eaux de l’océan Atlantique.
Toutefois, le responsable de l’ACEDH précise qu’il ne s’agit à ce stade que d’hypothèses qui nécessitent des investigations scientifiques rigoureuses. Il déplore également le manque criant de moyens logistiques ayant empêché une intervention efficace pour tenter de sauver l’animal, resté plusieurs jours sur le sable avant de succomber.
Face à cette situation, l’organisation plaide pour la mise en place d’une enquête internationale impliquant des spécialistes des mammifères marins afin d’identifier les causes profondes de cet échouage et de prévenir la répétition de tels incidents dans l’avenir.
Marie Nyange alerte sur le manque d’expertise et de moyens en RDC
De son côté, la ministre de l’Environnement et du Développement durable, Marie Nyange, a reconnu les faiblesses structurelles de la RDC dans la gestion des situations impliquant des animaux marins échoués.
Au cours d’un briefing de presse animé conjointement avec le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya Katembwe, la ministre a déploré l’absence d’équipements adaptés ainsi que l’insuffisance de spécialistes capables d’intervenir efficacement face à ce type de phénomène.
Elle a révélé que la RDC ne dispose actuellement que de deux experts spécialisés dans la gestion des mammifères marins retrouvés en difficulté sur les côtes.
Selon Marie Nyange, conserver une baleine morte à proximité des populations représente un risque sanitaire important, car après son décès, le processus de décomposition peut rapidement générer des odeurs nauséabondes et favoriser l’apparition de risques pour la santé des communautés riveraines, notamment celles de Muanda.
Pour répondre à ce déficit, la ministre a annoncé des initiatives visant à améliorer la gestion des ressources naturelles marines, notamment à travers la création prochaine d’un Office national de l’eau destiné à renforcer la gouvernance des ressources hydriques et maritimes.
Elle a également encouragé les jeunes Congolais à s’orienter davantage vers les filières scientifiques afin de doter le pays de compétences nécessaires dans la conservation de la biodiversité marine.
Des écologistes dénoncent les conditions d’enfouissement de la baleine
Dans le Kongo Central, plusieurs écologistes approchés dénoncent cependant la procédure utilisée pour l’enfouissement de la baleine dans la nuit du samedi 4 au dimanche 5 juillet dernier.
Selon eux, l’opération n’aurait pas respecté les normes internationales recommandées pour la gestion des grands mammifères marins décédés. Ils estiment qu’un site spécifique aurait dû être identifié au préalable, sécurisé et placé sous la surveillance des éco-gardes de l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN).
Pour ces défenseurs de l’environnement, le lieu d’enfouissement aurait également pu devenir, à terme, un espace scientifique et touristique permettant de sensibiliser le public sur la protection des espèces marines.
Mais cette approche n’a malheureusement pas été appliquée dans le cas de la baleine retrouvée sur la plage de Muanda, relançant ainsi le débat sur la capacité de la RDC à protéger efficacement son patrimoine marin et à répondre aux défis liés à la conservation de ses écosystèmes côtiers.
Dieudonné MUAKA DIMBI


